Irak
Chronique politique 2006
(Accédez à la Chronique 2004-2005)
¤ Janvier 2006
* Après la crise politique ouverte par la forte contestations des résultats des élections législatives du 15 décembre (voir Chronique précédente), les tractations pour un gouvernement élargi ont repris. Une délégation de la liste sunnite du Front de la Concorde nationale a rencontré le chef de la région autonome kurde Massoud Barzani (qui s'est impliqué auprès du président Talabani pour trouver une solution politique) et s'est montrée optimiste sur les chances de former un gouvernement d'union nationale capable de s'attaquer aux problèmes du pays. Le tout sur fond de poursuite des violences, notamment anti-chiites : tel l'attentat-suicide de Kerbala du 5 janvier (une cinquantaine de morts)...
* Au 20 janvier, on apprend que la liste chiite conservatrice, l'Alliance unifiée irakienne, a largement remporté les législatives mais sans obtenir la majorité absolue (en lire plus).
¤ Février 2006
* Nouveaux attentats anti-chiites le 22 février (contre un mausolée à Samarra, au nord de Bagdad) provoquant des violences inter-confessionnelles (au moins 130 morts) débouchant sur un couvre-feu. Mais de nombreux appels au calme ont été lancée par les imams le vendredi suivant, y compris dans les régions chiites où les chefs religieux ont exonérés les sunnites de toute responsabilité en accusant au contraire les "terroristes partisans de Saddam Hussein et takfiris" (cad les djihadistes de la mouvance Al Qaïda). Un représentant du grand Ayatollah Sistani a affirmé dans la ville sainte chiite de Kerbala que "ce crime a été commis par l'ennemi commun des sunnites et des chiites. Nous devons affirmer notre attachement à vivre ensemble de façon pacifique et fraternelle". Même le mouvement du chef chiite radical Moqtada Sadr a manifesté pour "s'opposer aux tentatives de semer la division" entre les Irakiens, en appelant à la "patience". la guerre civile inter-confessionnelle n'est donc pas à l'ordre du jour...Mais les Etats-Unis, par contre, sont toujours autant désignés comme principaux responsables de cette insécurité.
¤ Mars 2006
* Le 12 mars, nouveaux attentats terribles, spécialement à Sadr City, où l'explosion de voitures piégées ayant provoqué au moins 46 morts et 250 blessés...Le lendemain, "l'armée du Mehdi" se déploie dans ce fief du chef radical Moqtada Sadr, et le président Jalal Talabani rend hommage à ce quartier.. Les commentaires de Vincent Hervouët sur LCI sont catastrophistes, décrivant une "une veillée d'armes avant la guerre civile". L'ancien Premier ministre Yiad Allaoui estime que son pays est véritablement en guerre civile, et surtout s'enfonce dans le chaos.
* Mais le 16 mars, réunion du Parlement, dans une ambiance d'"union sacrée" et de rassemblement nationaliste contre les "terroristes étrangers" et les "partisans de Saddam Hussein", qui poursuivent d'ailleurs leurs attentats... Mais la tenstion reste vive entre chiites d'un côté et sunnites de l'autre, not. à propos de la politique de recrutement du ministre de l'Intérieur (un chiite), qui ferait barrage aux sunnites et serait partial à leur encontre sur le terrain.
* Un Bilan : le 19 mars, trois ans après l'intervention américaine (en lire plus sur celle-ci), et alors que le président Bush est confronté à une baisse de popularité sans précédent et que de nombreuses manifestations ont lieu de par le monde, sans que cela ait d'impact cependant sur sa position toujours aussi ferme (v. sur la Fiche de suivi Bush II), le gouvernement irakien estime que 50 à 60 irakiens meurent chaque jour en moyenne depuis trois ans. Au total, 86.000 Irakiens auraient été tués depuis trois ans, dont 90% de Chiites. La guerre civile larvée oppose 30.000 "résistants" ou "rebelles" (selon les points de vue) à 170.000 soldats de l'alliance (dont 130.000 états-uniens) + 230.000 soldats irakiens environ. Selon Pierre Servent, un expert militaire français, il faudrait au moins 500.000 hommes pour que la "guerre de la paix", cad la proximité sécuritaire efficace auprès des Irakiens, qui avait bien commencé (l'accueil populaire de l'armée d'invasion alliée en 2003 n'était pas très hostile), soit gagnée par les Alliés. Au contraire, comme l'affirme Jimmy Massey, l'ancien Marine auteur du pamphlet Kill, Kill, Kill (éd. Panama), de passage en France, l'Irakien est perçu comme un ennemi (un terroriste potentiel) et de surcroît déshumanisé par l'idéologie des Marines, alors que l'armée américaine opte dorénavant contre les "rebelles" pour une stratégie "à la vietnamienne", de bombardements massifs (et pas toujours précis), signe de son impuissance sur le terrain et de l'inadaptation de la tactique et du nombre du corps d'armée allié en Irak contre cette guerilla.
¤ Avril 2006
* Londres condamne un officier objecteur : 8 mois de prison pour ce médecin qui refuse de servir en Irak. Il a été jugé "arrogant", note The Independent (14 avril).
* Plusieurs généraux états-uniens critiquent la gestion de la guerre en Irak par Donald Rumsfeld et réclament sa démission (v. sur la Fiche de suivi Bush II 2006). Un de ces généraux a indiqué le 21 avril que les plans militaires d'occupation de l'Irak prévoyaient en 2000 que 500.000 militaires pourraient être nécessaires pour occuper le pays, soit trois fois plus que ce qui a été mis en oeuvre trois ans plus tard (en lire plus et v. plus haut, fin mars).
* Les attentats inter-confessionnels meurtriers se poursuivent, alors que le pays n'a toujours pas de gouvernement...
* Le 20 avril, très contesté par les sunnites et les Kurdes,
le premier ministre I. Jafaari annonce qu'il laissera
l'alliance chiite choisir son candidat. Le lendemain, le numéro deux
du parti Dawa, Jawad Nouri Al-Maliki, est officiellement
désigné candidat de l'Alliance unifiée irakienne (AUI,
chiite) au poste de premier ministre de l'Irak. Il est le bras droit du président
de ce parti et chef du gouvernement sortant, Ibrahim Al-Jaafari,
qui a décidé la veille de laisser à son bloc la liberté
de le reconduire ou non dans ses fonctions. (en
lire plus)
* Fin avril : C. Rice et D. Rumsfeld ont rencontré
Jawad al Maliki : chargés de délivrer
une "feuille de route" au nouveau premier ministre chiite, ils ont
été "impressionnés" par son engagement à
restaurer l'unité.
¤ Mai 2006
* Début mai, et après la nomination de Nouri Al Maliki fin avril (cf. supra), les discussions se poursuivent pour la formation d'un gouvernement d'union nationale et l'attribution des deux postes de vice-Premier ministre. L'un des deux postes devrait revenir à la coalition kurde, arrivée en deuxième position aux élections de décembre (cf. supra, janvier), avec 53 députés sur 275. Le second, en charge principalement de la sécurité, est disputé entre le Front de la Concorde, la principale coalition sunnite (44 députés), et la Liste nationale irakienne de l'ancien Premier ministre chiite laïque Iyad Allaoui (25 députés). Le porte-parole du Front de la Concorde a fait état d'un rapprochement de vues avec l'Alliance unifiée irakienne (AUI), le bloc chiite conservateur (composé de 7 groupes politiques), qui a remporté les élections avec 128 députés.
* 4 mai, première session du parlement irakien... alors qu'on découvre 36 corps criblés de balles...
* Le Kurdistan irakien est unifié. Le 8 mai, les deux partis historiques ont signé un accord pour une administration unique dans les 3 provinces.
* 20 mai. Le parlement investit le cabinet Maliki, où restent à pourvoir les portefeuilles de l'Intérieur et de la Défense. C. Rice appelle à lui donner une "petite chance".
* 22 mai : d'après le Times de Londres, les rançons versées par la France, l'Allemagne et l'Italie pour la libération de leurs otages se montent à 45 millions de dollars...
* V. un excellent article sur la résistance irakienne de Mathieu Guidère et Peter Harling dans Le Monde diplomatique de mai 2006, " Qui sont les insurgés irakiens ?" pp.14-15. Il en ressort que la résistance est protéiforme mais vient récemment de s'unir et de s'"irakiser" (y compris le groupe Tandhim Al Qaïda dirigé par Al Zarquaoui), à la fois sur le plan de l'origine de ses membres que de son objectif politique, de plus en plus purement nationaliste : au-delà de l'ennemi extérieur américain, il s'agit en effet du gouvernement irakien, désigné comme l'"ennemi intérieur", chiite-sectaire, et asservi à l'Iran.
¤ Juin 2006
* 3 juin. Selon la BBC, 1000 soldats britanniques du contingent irakien ont désertés ou démissionnés. Ben Griffin, l'un d'entre eux, ancien membre des Forces spéciales, déclare que chaque jour des civils irakiens meurent sous les frappes aériennes ou les balles des forces de la Coalition, et qu'hormis de grosses "bavures" comme Haditha (v. la chronique Bush II, au 26 mai), on n'en parle pas dans les médias occidentaux, à la différence des attentats suicides, quant à eux largement diffusés (les actes terroristes entraîneraient certes la mort d'un millier d'Irakiens mensuellement)...
* 7 juin. Le Gouvernement Maliki fait un geste d'apaisement en libérant plus de 600 prisonniers "politiques". D'autre part, on apprend qu'Abou Moussab Al Zarkaoui aurait été localisé et tué par les forces de la Coalition (v. sur la Fiche de suivi Al Qaïda à cette date). Sa tête avait été mise à prix pour 25 millions de dollars par Washington. Il a été tué dans un raid aérien contre un repaire isolé au nord de Bakouba après des renseignements de hauts responsables de son groupe, selon l'armée américaine. G. W. Bush déclare que la mort de "l'ennemi n°1" est un "coup dur porté à Al-Qaida" mais que beaucoup reste à faire. Dans un communiqué, l'organisation terroriste s'engage à poursuivre le combat. Et comme pour bien montrer que le mouvement que Zarkaoui dirigeait n'est pas affaibli, Tandhim Al Qaïda revendique plus de 50 attaques lors des 3 jours suivants. L'article de M. Guidère et P. Harling cité supra montre d'ailleurs que le groupe s'est donné récemment un porte-parole et un chef militaire irakiens (Al Zarkaoui est jordanien), et qu'il a fusionné en janvier 2006 au sein d'une union de groupes de résistance, le Conseil consultatif des Moujahidines, présidée par le cheikh irakien Abdallah Al Baghdadi, héros du second siège de Falloujah. (v. cependant infra, aux 13 et 25 juin : Tandhim Al Qaïda semble exercer une influence prépondérante dans cette instance).
* 9 juin : le gouvernement Maliki est enfin au complet (v. supra, début mai) : le Parlement irakien a investi les 3 ministres en charge de la sécurité.
* Le 13, visite surprise de G.W. Bush en Irak pour se féliciter de l'élimination d'Al Zarkaoui et soutenir le gouvernement Maliki. Entre-temps, Tandhim Al-Qaida en Irak porte à sa tête un certain Al-Mouhadjir. Dans son premier communiqué, le successeur d'Al-Zarkaoui a promis de punir les sunnites qui collaborent avec les autorités.
* 19 juin : la peine de mort requise contre Saddam Hussein. Après huit mois de procès, le procureur irakien demande la peine maximale contre l'ancien dictateur et deux de ses lieutenants, affirmant qu'ils étaient responsables du massacre de 148 chiites dans la localité de Doujaïl dans les années 1980. (Un 3e avocat de Saddam Hussein est assassiné le 21 juin). Par ailleurs, le Premier ministre Al-Maliki a annoncé le premier transfert de la gestion de la sécurité aux forces locales en juillet, dans la province d'Al-Mouthanna, et M. Koizumi, le Premier ministre du Japon, a proclamé ce matin le retrait des soldats japonais d'Irak.
* 22 juin : huit militaires US inculpés pour meurtre, accusés d'avoir tué un civil irakien, ils sont passibles de la peine de mort. Plus de 100 employés enlevés à Bagdad.
* 23 juin : nouveau message du numéro deux d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, qui fait l'éloge et promet de venger la mort du chef du réseau terroriste Tandhim Al Qaïda en Irak, Abou Moussab al-Zarqaoui, dans une vidéo diffusée le 23 juin sur la chaîne satellitaire arabe Al-Jazira. Il accuse en outre le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki de s'être "servi de l'islam pour arriver" au pouvoir et l'ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad Zalmay Khalilzad d'être un "apostat afghan" (en lire plus).(V. aussi sur la Fiche de suivi Al Qaïda à cette date).
* Lire une enquête publiée par Proche-Orient.info sur le renouveau culturel irakien, malgré la persistance de la violence et de l'insécurité.
* 25 juin : le Premier ministre Al Maliki lance un ambitieux "Plan de réconciliation nationale", plutôt bien accueilli par la plupart des mouvements politiques, sauf par huit groupes armés, dont Tandhim Al-Qaida en Irak, qui ont annoncé vouloir poursuivre le "Jihad". (en lire plus).
Le même jour, comme pour soutenir" le plan de réconciliation, le général George W. Casey, qui commande le corps expéditionnaire américain en Irak, laisse entrevoir une réduction "possible" de sept à huit - sur quatorze - de ses brigades de combat d'ici décembre 2007, soit environ 30 000 hommes sur les 127 000 actuellement stationnés dans le pays.
Cela n'empêche pas la poursuite des violences sur le terrain : à l'extérieur de la fameuse "zone verte" ultra-fortifiée de Bagdad, où sont installées toutes les structures du pouvoir, les horreurs se sont en effet poursuivies dans le pays faisant plus d'une vingtaine de victimes et une soixantaine de blessés, tandis que seize autres personnes étaient kidnappées à Taji, à 20 km au nord de Bagdad. On reste par ailleurs sans nouvelles de trente-quatre personnes sur les dizaines d'employés et d'ouvriers chiites enlevés, la semaine passée, dans la même localité par des groupes armés.
Le même jour, le Conseil consultatif des moudjahidins, dominé par la branche irakienne d'Al-Qaida (cf. supra, 7 juin), a affirme avoir tué les quatre employés russes de l'ambassade enlevés le 3 juin à Bagdad. Dans un enregistrement vidéo, on voit les quatre otages en train de parler séparément dans des messages datés du 13 juin, puis des images de l'assassinat de trois d'entre eux. Un otage est montré à genoux, maintenu par deux hommes masqués vêtus de noir, dont l'un brandit un couteau et le décapite. Un autre est montré gisant décapité dans une mare de sang, la tête posée sur le dos. Le meurtre d'un troisième, tué d'une balle dans la tête, est également montré dans cette vidéo, accompagnée de photographies. Le Conseil consultatif des moudjahidins avait annoncé le 21 juin sa "décision" de tuer les quatre Russes, à l'expiration du délai de quarante-huit heures donné au gouvernement de Moscou pour satisfaire ses demandes, à savoir quitter la Tchétchénie et libérer "les prisonniers musulmans". L'un des employés assassinés était de confession musulmane.
¤ Juillet 2006
* En plein chaos sécuritaire et tension politique (en lire plus), un nouvel attentat-suicide de antichiite à Koufa, au sud de Bagdad, fait 12 morts et près d'une quarantaine de blessés le 5 juillet. Le 12 juillet, alors que le secrétaire états-unien à la défense y est en visite, l'Irak semble à nouveau proche de la guerre civile : c'est la cinquième journée de violences consécutive entre sunnites et chiites, près de 150 morts depuis le 7. Le 12 encore, "Tandhim Al-Qaida" en Irak (cf. supra) a diffusé une vidéo de 2 GI mutilés, "pour venger" le viol et le meurtre d'une Irakienne par des soldats américains.
* Poursuite des attentats anti-chiites : 40 morts dans la ville chiite de Koufa
le 18 ; 48 à Mahmoudia la veille ; 37 dans un quartier de Bagdad le 27,
etc...
* Selon le New York Times : + 77 % de morts depuis janvier : 14 338
civils ont été tués en 6 mois, dont 3.149 en juin 2006.
¤ Août 2006
* Le 26, grande réunion des chefs de tribus du pays à l'initiative du gouvernement Maliki : plusieurs centaines d'entre eux s'engagent pour la réconciliation nationale et la fin des affrontements inter-confessionnels.
* Le 31, alors que les attentats battent leur plein (61 morts le 30 par ex.), G. W. Bush exclut tout retrait précipité d'Irak : il juge que les USA livrent un "combat idéologique" contre "les successeurs des nazis".
¤ Septembre 2006
* Le 3, le Kurdistan iranien a brandi la menace d'une sécession, face
à l'exigence du premier ministre Al-Maliki
quant à l'utilisation exclusive du drapeau national.
* Le 4, on apprend que le numéro 2 d'Al-Qaida en Irak (v. supra, juin),
Joumaa Al-Saïdi, aurait été
arrêté.
* Le 6, le grand ayatollah modéré, Ali Sistani, annonce qu'il se retire de la vie politique.
* Le 7, accord sur le contrôle de l'armée irakienne : dirigée jusqu'ici par les Etats-Unis, elle va passer graduellement sous commandement irakien. Le chef d'Al-Qaida en Irak, Abou Hamza Al-Mouhadjir (ou Mouhadjer)(cf. supra, 13 juin), a appelé tout sunnite à tuer au moins un Américain dans les quinze prochains jours et à se venger des chiites, ainsi que des sunnites "hypocrites" qui collaborent avec l'Occupant, dans un enregistrement audio mis en ligne sur un site internet islamiste (en lire plus).
* Le 10, le vice-premier ministre irakien, Barham Saleh, déclare que "L'avenir de l'Irak est essentiel pour l'avenir du Moyen-Orient. Son succès sera un succès pour la région (...), mais son échec sera une catastrophe pour l'ensemble de la région" lors d'une réunion des pays donateurs à Abou Dhabi, en présence des représentants des Nations unies et de l'Union européenne.
* Le 15, on apprend que le numéro 2 d'Al-Qaida en Irak, d'origine libyenne, Al-Liby, aurait été abattu. Par ailleurs, l'armée US a constaté un "pic" des violences confessionnelles à Bagdad depuis 24 h (84 corps découverts).
* 18 : Kofi Annan craint une "vaste guerre civile" : il appelle à agir d'urgence pour éviter que l'Etat irakien "se brise".
* 27 : selon l'ONU, l'Irak est un "excellent terrain d'entraînement" pour Al-Qaida et renforce le mouvement islamiste.
* 29 : nouveau "pic" d'attentats-suicide depuis le début du ramadam (le 24). Le chef d'Al Qaïda en Irak annonce encore pire... A Bagdad, le gouvernement impose le couvre-feu jusqu'au 1er octobre, pour opérer une vaste action militaire "anti-rebelles".
¤ Octobre 2006
* 4-6 octobre : Condoleeza Rice en Irak, venue soutenir à nouveau le plan de "réconciliation nationale", relancé par le Premier ministre Al Maliki (v. supra, 25 juin et début août).
* 12 octobre : le Parlement irakien a définitivement adopté, à l'exacte majorité simple, la loi créant un Etat fédéral. Si les chiites ont approuvé ce texte, les sunnites craignent que le fédéralisme isole leurs régions, situées essentiellement dans l'ouest du pays.
* 13 octobre : dans un article publié par la revue britannique The Lancet, des spécialistes de santé publique américains et irakiens font état de la mort de plus de 650 000 civils irakiens depuis l'invasion de 2003. G.W. Bush a affirmé que ce chiffre n'était pas "crédible"....
* Stratégie états-unienne : alors que 103 soldats états-uniens sont morts sur l'ensemble du mois d'octobre, un record qui fait la Une de la Presse, et à l'approche des élections parlementaires, les appels à un changement de politique en Irak se font de plus en plus pressants, y compris dans la majorité républicaine. L'ex- secrétaire d'Etat James Baker, proche du clan Bush, devrait recommander dans quelques semaines des moyens de quitter le pays. Le président a admis pour la première fois une analogie possible entre les guerres d'Irak et du Vietnam, jugeant que l'on pouvait peut-être comparer les attaques actuelles à l'offensive historique du Têt. De plus, huit G.I's. comparaîtront pour meurtres en Irak devant une cour martiale, quatre sont accusés de viol sur une jeune fille de 14 ans après avoir tué sa famille. Mais le président Bush n'a cependant pas évoqué pour autant de changement de stratégie en Irak... Le 20, après 63 nouveaux morts la veille, G. Bush affirme que les troupes US ne quitteront pas le pays "avant d'avoir vaincu les terroristes". Le 25, il renchérit, bien qu'ayant reconnu de façon très nette que la situation en Irak est un "sérieux sujet d'inquiétude" pour lui-même et pour le peuple américain. Il a appelle le gouvernement irakien à prendre des "mesures audacieuses" et affirme que la patience des Etats-Unis n'est "pas illimitée". A moins de 15 jours des élections de mi-mandat, G. Bush a endossé l'entière responsabilité de l'engagement état-unien dans le pays. Sans modifier sa stratégie en Irak, il a répété : "Nous allons gagner". Le nombre de GI's tués depuis 2003 serait de 2800 ; celui des civils irakiens est de plusieurs centaines de milliers (cf. supra).... Et alors que le général Casey, chef de l'armée US en Irak, annonce un retrait progressif possible d'ici un an à un an et demi, le secrétaire à la Défense américain, D. Rumsfeld, s'est déclaré favorable à une augmentation des effectifs des forces de sécurité irakiennes.
* A Bagdad, en milieu de mois, le premier ministre Al Maliki critique un raid américano-irakien à Sadr City, bastion de l'imam radical Moqtada Sadr, qui aurait été mené sans son accord, et a abouti au blocage du quartier par les forces états-uniennes après l'enlèvement d'un soldat US. Ce même lieu subit un attentat le 31, qui fait une trentaine de morts. Le bouclage est finalement levée le 1er novembre, sur la pression d'Al Maliki, bien que Washington ait démenti avoir été contraint à cette décision par le premier ministre irakien.
* En Grande-Bretagne, Tony Blair a échappé le 31 à une mise en minorité à la Chambre des communes, une motion appelant à la création d'une commission d'enquête sur la guerre en Irak ayant été rejetée par une majorité de 25 voix.
¤ Novembre 2006
* 2-3 novembre : en visite à Paris, le président irakien Jalal Talabani a déclaré que les soldats états-uniens pourraient être nécessaires "encore deux ou trois ans". "Cela pourrait être suffisant pour reconstruire nos forces et dire à nos amis : bye bye et merci", a-t-il ajouté. M. Chirac a, lui, rappelé l'importance de fixer une "perspective de retrait". M. Talabani a aussi appelé la France à resserrer les liens, notamment économiques, avec son pays. Il a "demandé au président Chirac de soutenir le peuple irakien dans tous les domaines", et a assuré que la réponse "a été positive".
* 5 novembre : Washington et Londres ont approuvé sans réserves la condamnation à mort de l'ancien dictateur Saddam Hussein, mais la majorité des pays européens ont répété leur opposition de principe à la peine de mort. S. Hussein a été condamné à la pendaison pour le massacre de 148 villageois chiites dans les années 1980. La présidence finlandaise de l'UE a appelé l'Irak à "ne pas appliquer la peine capitale". En Irak, des milliers de chiites sont descendus dans la rue pour manifester leur joie. Dans les provinces sunnites, les partisans de l'ex-raïs ont au contraire dénoncé un "complot américain". Le couvre-feu est maintenu à Bagdad. Le 10, le Premier ministre Al-Maliki affirme que S. Hussein pourrait être exécuté "d'ici la fin de l'année".
* Le 9, poursuite des tensions politiques inter-communautaires : les sunnites menacent de se retirer du cabinet d'union et prendront les armes si Al-Maliki ne cesse "d'accaparer" le pouvoir.
* Le 12, alors qu'une nouvelle série d'attentats frappe Bagdad (54 morts au moins), le Premier ministre Al-Maliki appelle à un "remaniement complet du gouvernement" au regard de la dégradation sécuritaire du pays.
* Le 14, comme pour illustrer les propos du Premier ministre, un enlèvement collectif spectaculaire à lieu à Bagdad, d'une centaine de visiteurs et d'employés du ministère de l'Enseignement (qui auraient été relâchés le lendemain, selon la TV Irakiya).
* Un GI condamné à 90 ans de prison pour viol et meurtre d'une jeune Irakienne et assassinat de membres de sa famille, en mars 2006.
* 22 : Irak et Syrie renouent leurs relations diplomatiques rompues il y a 25 ans. Une décision qui suit la visite, le 20, du ministre syrien des affaires étrangères à Bagdad. 120 morts par jour en octobre, un record du nombre de civils tués en un mois, selon une étude de l'ONU.
* 23 : Le procès de l'ex-raïs et de ses sept coaccusés devant
le Haut Tribunal irakien, pour crimes contre l'humanité, "a
été entaché par tant d'irrégularités que
le verdict est contestable", dit un rapport de l'ONG Human Rights
Watch. Au moins 152 morts à Bagdad, à Sadr City, le bastion chiite
de la capitale, dans l'attentat le plus sanglant depuis 2003. deux envoyés
spéciaux du New York Times racontent (le
lendemain) le "chaos" et la "haine" qui ont succédé
à cet attentat, au cours de multiples représailles menées
par les chiites la nuit dernière : écho devenu banal de scènes
inconcevables pour qui n'a pas connu la guerre civile. "Guerre civile"
: longtemps utilisée comme à regret, l'expression ne semble plus
usurpée pour décrire la situation en Irak. Comme d'autres médias,
Time Magazine l'emploie et accuse Al-Qaida
d'en être le principal boutefeu. Sur le site de la chaîne qatariote
Al Jazira, un reportage décrit un foyer grandissant dans cette guerre,
à l'ouest du pays. Le front y est cette fois très clair : c'est
Al-Qaida contre les baassistes !
¤ Décembre 2006
* Le 4, alors que Kofi Annan (à un mois de son départ) tient tête à G. W. Bush en présentant la situation en Irak comme "pire que la guerre civile", Abdel Aziz Al Hakim, le chef de l'Asrii, en visite aux Etats-Unis, ne souhaite pas un départ proche des troupes américaines de son pays...
* Le 6, voir sur la Fiche de suivi Bush II pour le rapport Baker-Hamilton et d'autres infos concernant l'Irak....
* Le 11, Jalal Talabani rejette le rapport Baker, aux motifs qu'il "porte atteinte à la souveraineté" du pays et est "injuste", selon le président irakien.