Jerusalem Post, 20 janvier 2004
Des familles palestiniennes contre le "culte de la mort"
par Khaled Abu Toameh
Un editorialiste palestinien de premier plan a lance une attaque cinglante
contre le Hamas et le Jihad islamique pour avoir recrute des adolescents et
des meres de famille pour des attentats suicides contre Israel, en disant
que les Palestiniens en ont assez de cette "culture de la mort".
Dans les colonnes du quotidien de l'Autorite palestinienne Al-Ayyam, Hasan
al-Batal, un celebre editorialiste tres proche de l'AP, a felicite pour
leur
courage les familles de kamikazes qui se sont exprimees contre ce phenomene.
Cette attaque renvoie a un debat au sein de la societe palestinienne, au
sujet de l'utilisation de femmes et d'adolescents en tant que bombes
humaines.
Batal fait precisement reference aux familles de Reel al-Rayashi, une mere
de deux enfants qui s'est fait exploser la semaine derniere au carrefour
d'Erez, et d'Iyad Al-Masri, qui est mort quand, il y a quinze jours, sa
ceinture d'explosifs s'est declenchee prematurement en Cisjordanie. Geste
sans precedent, les familles ont condamne publiquement ceux qui avaient
envoye Rayashi et Masri commettre les attentats suicides.
Rayashi, 22 ans, a ete recrutee par le Hamas, et Masri, 17 ans, par le Jihad
islamique. Mardi, des sources palestiniennes ont confirme que Rayashi avait
ete forcee a commettre l'attentat apres que son mari eut decouvert qu'elle
le trompait avec un militant du Hamas.
Masri, equipe d'une ceinture d'explosifs, a ete envoye en mission mortelle
quelques jours seulement apres que son frere eut ete tue par des tirs
israeliens a Naplouse. Il semble qu'il se soit egare, et il s'est fait
exploser dans un champ pres de Naplouse. Sa famille a accuse le Jihad
d'avoir exploite la douleur provoquee par la mort de son jeune frere, et a
exige une enquete sur les circonstances de son recrutement.
Sous le titre "Des familles se rebellent contre la culture de la mort",
Batal s'est attaque au Hamas pour avoir recrute une mere de deux enfants en
bas age, de 18 mois et de trois ans, pour commettre un attentat suicide. Il
a souligne le "courage moral" de la famille de Masri, qui a condamne
la "vie
gachee" de leur fils. Il a aussi felicite la famille de Rayashi pour avoir
refuse de recevoir des condoleances dans une "tente de deuil" qui
aurait ete
montee a Gaza.
Batal a exprime l'espoir que les reactions de ces familles constituent le
signal d'un debut de changement de fond dans les normes liees a ce genre
d'attentats.
"Les organisations civiques palestiniennes doivent soutenir l'appel de
la
famille Masri qui reclame une enquete contre ceux qui l'ont pousse (a
commettre l'attentat suicide) en exploitant la mort d'Amjad, son frere age
de 15 ans. De meme, les groupes de femmes doivent faire entendre leur voix
et declarer que le devoir maternel est plus important que le combat".
L'editorialiste palestinien a predit que, a moins que le peuple palestinien
tout entier ne s'exprime de la sorte, "le jour arrivera tres bientot ou
nous
verrons des garcons de 10 ans et des femmes enceintes avec des ceintures
d'explosifs". Et il pose la question : "Comment nous justifier vis-a-vis
du
monde si, d'un cote, nos enfants sont tues par l'armee israelienne, et si de
l'autre, nous envoyons des enfants et des meres de familles avec des
ceintures d'explosifs? Comment les Palestiniens persuaderont-ils davanatage
de militants pacifistes du monde de risquer leur vie en solidarite avec les
Palestiniens si nous commencons a equiper nos enfants et nos meres de
ceintures d'explosifs?"