L'Autorité palestinienne en crise
(janvier-février 2004 + mise à jour et compléments)
Accéder à la Fiche de suivi 2005
¤ Après la création d'un poste de Premier ministre imposée à Yasser Arafat l'année dernière par l'aile réformatrrice et "réaliste" du Fatah (voir dans le dossier "Repères" sur ce thème), le président de l'Autorité palestinienne a progressivement repris le contrôle du gouvernement, obtenant la démission de Mahmoud Abbas et de son gouvernement, puis récupérant le contrôle des forces de sécurité et enfin des Finances (voir à partir de la page sur l'Autorité palestinienne).
¤ Mais cette reprise de contrôle, qui se fait selon des méthodes qui relèvent davantage de celles d'une organisation révolutionnaire de combat que d'un véritable gouvernement moderne et rationnel (40% des fonctionnaires de l'AP, par ex., sont payés de la main à la main), n'a pas évité à l'AP de sombrer dans un déclin à la fois sur le terrain (avec certes des infrastructures en grande partie détruites par l'armée israëlienne), étant désormais incapable de maintenir l'ordre dans les Territoires palestiniens au profit de groupes armés radicaux tenant plus du banditisme que de la résistance armée (en lire plus), mais aussi dans l'opinion publique (sentiment d'impuissance de la population vis-à-vis de l'AP y compris dans sa capacité à résoudre le Conflit). Plusieurs centaines de militants ont d'ailleurs démissionné collectivement en février, dénonçant notamment la corruption au sein du Fatah et de l'AP (en lire plus). Voir aussi un rapport insistant sur le fait que l'anarchie s'amplifie de jour en jour dans les Territoires, sur fond de rivalités tribales et de criminalité grandissante (lire la dépêche).
¤ Sans compter la puissance grandissante du Hamas, qui menace directement l'AP de s'auto-dissoudre (voir au 5 février 2004 dans la Fiche de suivi de la page Hamas). En effet, des voisins comme l'Egypte et la Jordanie craignent dorénavant un effondrement de l'Autorité palestinienne au profit du Hamas, au moins dans la Bande de Gaza (en lire plus). Des études effectuées sur des enfants de cette région montrent d'ailleurs malheureusement à quel point ils sont marqués par l'idéologie guerrière de ce mouvement, ainsi que les attentats d'Ashod du 14 mars viennent de le rappeler (lire).
¤ Nouvel incident fin février 2004 : le Fatah, le principal mouvement palestinien, dont le chef est Yasser Arafat, a achevé vendredi 27 sur fond de divergences une réunion orageuse de trois jours, ont indiqué des participants. Le Conseil révolutionnaire du Fatah (CRF) doit désigner, à la demande de M. Arafat, les membres d'une commission chargée de préparer la tenue d'une Conférence générale du mouvement en vue de le doter d'une nouvelle direction élue. Illustration des dissensions croissantes au sein du Fatah, un violent accrochage a mis aux prises jeudi soir M. Arafat, qui préside le CRF, à un membre de cet organisme, le général Nasr Youssef, selon un participant. Selon certaines sources, M. Arafat aurait jeté un micro au visage du général, qui lui aurait lui-même jeté un stylo. Nasr Youssef est le candidat que Ahmad Qoreï voulait voir placé à la tête du ministère de l'Intérieur et des forces de sécurité lorsqu'il a formé son gouvernement, mais il a dû céder face à l'intransigeance de Yasser Arafat qui déjà avait injurié et le général Youssef.(en lire plus et voir aussi sur la page Institutions et personnages de l'AP).
¤ En fait l'aile réformatrice du Fatah (conduite notamment par Mahmoud Abbas, l'ex-Premier ministre, Nabil Amr et Mohammed Dahlan, anciens ministres de M. Abbas, mais aussi par Marwan Barghouti) tente toujours d'imposer la réforme (et la modernisation) de l'AP ainsi qu'une solution définitive du conflit israëlo-palestinien (voir déjà dans mon analyse du Conflit réalisée en sept. 2003), mais se heurte à Yasser Afarat et à ses fidèles au sein du Fatah, et, certes, n'est pas aidée par la politique actuelle du gouvernement israëlien (voir sur ce point les critiques israëliennes ou juives portées à cette politique dans le dossier "Opinions sur le Conflit")... Voir un exemple de ces tensions internes au Fatah à propos de l'Accord (ou Initiative) de Genève, qui a déclenché une quasi-scission au sein du mouvement (voir en décembre 2003 en bas de la page Accord de Genève).
¤ Cependant, dimanche 28 février 2004, le Conseil révolutionnaire du Fatah a finalement proposé à l'Etat hébreu un cessez-le-feu "mutuel et immédiat"...
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Complément :
¤ Fin mars 2004, le président égyptien Hosni Moubarak a proposé aux Etats-Unis un plan de "restauration" de l'Autorité palestinienne, et surtout de ses services de sécurité, de façon à assurer l'ordre public dans la bande Gaza après le démantèlement des colonies et le départ des Israéliens (en lire plus sur le "Plan de séparation unilatérale" d'A. Sharon). Il viendra défendre son plan lors de son passage à Washington le 12 avril (en lire plus sur son plan).
¤ Début avril, Mohamed Dhalan appelle à un renouvellement de l'Autorité, et assure que celle-ci pourra prendre le contrôle de la bande de Gaza après le retrait d'Israël (lire). Le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a exprimé de son côté, à l'inverse, son souhait de voir le mouvement radical palestinien Hamas s'intégrer dans les structures politiques de l'Autorité palestinienne. Mais le Hamas a dit vouloir s'assurer d'un rôle correspondant à son poids politique, a indiqué un haut responsable du mouvement radical islamiste, cheikh Saïd Siam, un des principaux dirigeants politiques du Hamas dans la bande de Gaza.
¤ Fin avril : l'attaque palestinienne du
25, revendiquée par les Brigades
des Martyrs d'Al-Aqsa, "unité Abdelaziz
al-Rantissi", en l'honneur du fugace dirigeant du Hamas tué
le 17 avril dernier (voir la Fiche
de suivi Hamas à cette date), témoigne de l'alliance des groupes
radicaux sur le terrain, malgré leurs différentes allégeances
politiques et idéologiques, et témoigne également de la
perte de contrôle de l'Autorité palestinienne au moins sur la bande
de Gaza. Par contre, les menaces réitérées du gouvernement
israélien à l'égard du président Arafat (lire),
semblent produire l'effet inverse à celui recherché (diabolisation
et délégitimisation politique interne et internationale) : jeudi
29 avril, des dizaines de milliers de Palestiniens ont manifesté à
Gaza en soutien à M. Arafat contre les menaces d'A. Sharon. "Ma
vie n'est pas plus importante que celle de n'importe quel enfant palestinien.
Nous sommes tous des martyrs alors que nous défendons notre terre et
nos lieux saints", a-t-il lancé dans un discours relayé
par haut-parleurs depuis son QG à Ramallah en Cisjordanie, où
il est confiné depuis plus de deux ans.
(voir
la page Fiasco des politiques de puissance sur les peuples)
¤ 20-21 mai : les pressions externes (Jordanie) et internes s'accentuent pour pousser Arafat à quitter le pouvoir (lire).
¤ Mai 2004 : selon un sondage réalisé par l'université d'Al-Nadjah, le Hamas obtient pour la première fois un soutien populaire plus important en Cisjordanie que les éléments du Fatah (lire)
¤ Fin mai-début juin :
- Mohammad Dahlan, ancien commandant des forces de sécurité palestiniennes pour la Bande de Gaza (fâché puis réconcilié avec Y. Arafat dans la perspctive de conserver au Fatah le contrôle de cette région face aux islamistes du Hamas - voir plus haut début avril), a déclaré que les radicaux cesseraient de s'attaquer aux Israéliens depuis la Bande de Gaza si Israël se retire complètement de cette zone (lire).
- Le quotidien israélien Haaretz affirme que l'Égypte tente de faire aboutir un accord selon lequel Yasser Arafat renoncerait à ses pouvoirs et, en échange, serait autorisé à quitter la Moukaata pour Gaza où il n'aurait plus que des fonctions honorifiques, mais serait, en revanche autorisé à se déplacer librement. Les Égyptiens sont en effet persuadés que la présence d'Arafat à Gaza permettra de stabiliser la ville après le départ des Israéliens. Cette initiative égyptienne serait soutenue par plusieurs pays européens qui auraient promis de faire pression sur Arafat afin qu'il l'accepte (en lire plus). L'Egypte envisage de dépêcher dans les prochaines semaines plus de 150 officiers et experts pour entraîner et réorganiser les services de sécurité palestiniens, affaiblis depuis le début de l'Intifada en septembre 2000.
- selon le quotidien arabe Asharq Al Awsat (basé à Londres), plus de 130 officiers de la sécurité nationale palestinienne sont entrés en rébellion à Gaza. Ils ont occupé un poste de la sécurité présidentielle, la Force 17, à Deïr El Balah au centre de la Bande de Gaza. Et ont appelé Yasser Arafat à engager sans tarder des réformes dans les services de sécurité et dans leur direction. Le quotidien ajoute que le général Abdelrazzak Al Majaïda, le directeur général de la Sûreté générale, a refusé de recevoir les revendications des officiers et d'engager des négociations avec eux. Il a décidé de dégrader quatre d'entre eux, provoquant une réaction plus radicale de l'ensemble des protestataires qui ont menacé d'élargir leur mouvement à l'ensemble des corps de sécurité et de prendre des mesures qu'ils ont qualifiées de radicales. Tout en renouvelant la fidélité de tous les officiers au commandement de Yasser Arafat, l'un des représentants de ce mouvement de protestation a affirmé que ce dernier réclame avant tout une "lutte efficace contre la corruption qui gangrène le commandement des forces de sécurité et une valorisation des membres de ces forces".
(voir déjà plus haut la démission collective de plusieurs centaines de membres du Fatah en février 2004 toujours à cause de la corruption (lire))
¤ 13-15 juillet 2004 : A New York, les Nations unies ont critiqué sévèrement Yasser Arafat et estimé que l'Autorité palestinienne se trouvait au bord de l'effondrement : l'envoyé spécial de l'Onu au Proche Orient Terje Roed-Larsen, a informé le Conseil de sécurité que les territoires palestiniens "tournent progressivement au chaos" et que Yasser Arafat affiche "un manque de volonté politique" pour réformer le gouvernement palestinien. En riposte, l'Autorité palestinienne vient d'indiquer que l'émissaire des Nations unies n'est plus le bienvenu dans les Territoires. Les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa, branche terroriste du Fatah d'Arafat, interdisent même l'entrée dans les Territoires au nouvel « ennemi du peuple palestinien ». Kofi Annan, lui, soutient son représentant (en lire plus). Pour tenter de dédramatiser cette affaire, qui réjouit le gouvernement Sharon, l'ambassadeur palestinien à l'Onu, Nasser al-Kidwa, a assuré: "nous ne chassons personne, aucune décision quelconque n'a été prise à ce sujet". "Plusieurs communiqués palestiniens ont été publiés pour montrer leur colère, mais ces communiqués ne reflètent aucune prise de décision sur le statut légal de M. Roed-Larsen", a-t-il ajouté. "Nous n'avons pas de problème avec l'Onu mais avec M. Roed-Larsen, qui a ignoré le fait que l'occupation et l'agression israéliennes nous ont empêché de procéder à des réformes en matière de sécurité", a affirmé Hassan Abou Libdeh, chef du bureau du Premier ministre Ahmad Qoreï.
¤ 16-17 juillet : le chef de la police pour les territoires palestiniens, le général Ghazi Jabali, avait été enlevé pendant quatre heures par un groupe palestinien l'accusant de "corruption", selon des responsables des services de sécurité palestiniens. Le général Jabali a été libéré à la suite de négociations entre les membres des Brigades des Martyrs de Jénine, qui le détenaient dans le camp de réfugiés d'Al-Boureij (sud de la bande de Gaza) et des responsables palestiniens. Ce groupe fait partie des Comités de résistance populaire, dont les membres sont d'anciens militants du Fatah, de M. Arafat. Pour marquer leur inquiétude, le général Amin Hindi, chef des services de renseignement, et Rachid Abou Chbek, chef de la sécurité préventive pour les territoires palestiniens ont rédigé une lettre de démission adressée à M. Arafat en expliquant que la "situation est devenue intolérable après ce qui s'est passé durant la journée" dans la bande de Gaza.
(Lire la suite sur la Fiche de suivi 2005)