Pour le Hamas, l'objectif de l'attentat d'Erez était d'amener Israël
à imposer un nouveau bouclage sur la Bande de Gaza et à interdire
ainsi à des milliers de Palestiniens de venir vendre leur force de travail
en Israël. Une politique du pire à laquelle il n'est pas exclu qu'Arafat
ait donné son accord tacite : Abu Ala, le Premier ministre palestinien,
n'a pas condamné l'attentat.
Pour la première fois, le Hamas a recruté une femme pour perpétrer
un attentat-suicide. Reem Salah Riashi, 22 ans, mariée et mère
de deux enfants, recrutée dans sa mosquée, avait subi un entraînement
intensif avant d'aller de se faire exploser hier au point de passage Erez. L'attentat,
qui a fait quatre morts et douze blessés, n'a pas été un
acte spontané de vengeance, mais une opération soigneusement planifiée.
La jeune femme a joué son rôle à la perfection pour déjouer
la vigilance des soldats, elle a aussi attendu que 4.000 ouvriers palestiniens
traversent le point de passage pour aller travailler en Israël avant de
perpétrer son acte.
De toute évidence, le Hamas n'a pas l'intention de déposer les
armes ou de souscrire à une nouvelle trêve dans la situation actuelle.
Abed Azziz Rantissi, un des dirigeants de l'organisation islamique, vient d'ailleurs
de refuser des garanties américaines selon lesquelles Israël cesserait
ses opérations contre les activistes des groupes palestiniens en échange
d'un cessez-le-feu. Une réaction surprenante lorsque l'on constate l'ampleur
du préjudice occasionné par les attentats-suicides à la
cause palestinienne. Rien n'a autant terni l'image du Mouvement national palestinien
qui s'est ainsi aliéné une grande partie de l'opinion publique,
surtout aux États-Unis, du fait qu'elle ne peut s'empêcher de faire
un parallèle entre ces actes de barbarie et ceux d'Al-Qaïda qui
visent à semer la terreur dans le monde.
Sur la scène israélienne, le mouvement national palestinien a
perdu le soutien d'une grande partie de la gauche qui ne peut justifier l'injustifiable
en vue de défendre les revendications palestiniennes. De fait, la multiplication
des attentats-suicides ne fait que justifier la politique de gant de fer du
gouvernement Sharon et "légitimer" la poursuite de l'occupation
des Territoires palestiniens. De plus, ce dernier attentat-suicide intervient
à la suite de l'adoption de mesures d'allègement prises à
l'encontre de la population palestinienne. Il y a quelques jours, le ministre
de la Défense, Shaoul Mofaz, avait donné l'ordre d'autoriser quelque
30.000 ouvriers palestiniens supplémentaires à venir travailler
en Israël afin de soulager l'économie palestinienne ; la terroriste
suicidaire venait d'ailleurs d'acquérir une de ces nouvelles cartes magnétiques
permettant de se rendre en territoire israélien.
Dans ce contexte, une question s'impose : pourquoi le Hamas continue-t-il à recourir aux attentats-suicides ? De fait, tous les opposants à des pourparlers de paix entre Israël et les Palestiniens comprennent parfaitement que les attentats-suicides représentent le meilleur moyen de torpiller le processus diplomatique. Mais pour le Hamas, l'objectif de l'attentat d'hier était aussi d'amener Israël à imposer un nouveau bouclage sur la Bande de Gaza et à interdire ainsi des milliers de Palestiniens de venir vendre leur force de travail en Israël. Un coup double du point de vue du Hamas : en s'en prenant directement à l'économie palestinienne, il accentue la détresse et la frustration de la population, ce qui a pour résultat paradoxal d'accroître son influence sur celle-ci ; d'un autre côté, le Hamas peut également se réjouir de faire couler le sang des Israéliens et de déstabiliser l'économie déjà bien fragile d'Israël en maintenant la pression de la terreur.
Un attentat programmé en association étroite avec les Brigades
des martyrs Al-Aqsa
Cela dit, le Hamas a une autre raison de se réjouir dans son entreprise
de destruction de l'État d'Israël. Non seulement l'attentat-suicide
d'hier à Erez a été programmé en association étroite
avec les Brigades des martyrs Al-Aqsa du Fatah, mais dérogeant aux pratiques
de l'Autorité palestinienne, le Premier ministre palestinien, Abou Ala,
a refusé de condamner l'attentat. C'est dire que l'organisation islamique
a apparemment réussi à piéger l'Autorité palestinienne
en obtenant son accord - pour le moins tacite - à mener une stratégie
qui ne réponde qu'aux aspirations des intégristes. Vu le rapport
de force sur le terrain, on peut toutefois se demander si c'est le Hamas qui
a réussi à forcer la main de l'Autorité palestinienne,
ou bien si celle-ci n'a pas décidé d'adopter comme tactique la
stratégie du Hamas ? Dans la seconde hypothèse, il s'agirait d'une
politique choisie et voulue par Yasser Arafat, ce qui expliquerait l'incapacité
d' Abu Ala à relancer le processus diplomatique. Reste que ce choix pourrait
s'avérer extrêmement dangereux pour l'Autorité palestinienne,
car en voulant chevaucher le tigre (ici le Hamas), on finit toujours par se
faire dévorer par lui.
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