Bloc-Notes géopolitique (et politique internationale) 2006
Orientations privilégiées : géopolitique de l'énergie ; monde musulman
Sur les Etats-Unis, l'Irak, le conflit israélo-palestinien et la crise libanaise, le "Choc des civilisations", l'actualité politique de l'islam, etc... v. les dossiers et fiches de suivis correspondants
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¤ Janvier 2006
* En tout début de mois, crise Russie-Ukraine : contentieux apparemment économique sur les livraisons de gaz russe (Gazprom veut quadrupler ses tarifs), mais plus profondément, pression politique contre l'actuel président pro-UE Victor Ioutchenko en faveur de son rival Ianoukovitch, candidat pro-russe (d'ailleurs donné en tête dans les sondages) à l'approche des élections législatives (en mars)... Mais quelques jours plus tard (le 11), rencontre amicale Ioutchenko-Poutine au Kazakstan, ou le contentieux semble oublié, alors que le même jour, l'ancienne alliée (et Premier ministre) du président ukrainien, l'égérie de la "révolution orange", Ioulia Timotchenko, s'appuyant sur la transformation constitutionnelle de l'Ukraine en république parlementaire au 1er janvier, obtient la chute du gouvernement en s'alliant avec les communistes de Ianoukovitch, au motif de la "corruption" gouvernementale généralisée...
* Crise politique et incertitudes en Israël suite à la seconde attaque cérébrale d'Ariel Sharon (voir Chronique janvier)
* Suites des tensions autour de la nucléarisation militaire de l'Iran : après l'échec de la solution russe les Etats-Unis et la Grande-Bretagne menacent de saisir le Conseil de sécurité de l'ONU, l'Iran se raidit également et menace de cesser sa coopération avec l'AIEA...
Mi-janvier :
* Confirmation du vent socio-progressite et anti-américain qui semble souffler depuis l'année dernière en Amérique du Sud (voir Bloc-Notes 2005 en novembre et décembre), avec l'élection de la socialiste Michelle Bachelet au Chili, fille d'un général torturé et assassiné sous la dictature de Pinochet et d'une mère emprisonnée et exilée... (en lire plus).
* Une année qui commence également sous le signe de l'émancipation politique de la femme : non seulement Michelle Bachelet est la première femme à devenir président du Chili (et au total la 6e femme présidente d'un Etat d'Amérique latine), et a promis un gouvernement de parité sexuelle, mais Ellen Johnson Sirleaf, élue au Libéria, vient de devenir la première femme président d'un Etat en Afrique (en lire plus). De même, fin janvier, la présidente Tarja Halonen sera réélue en Finlande, pacifiste, féministe, populaire à 90% dans les sondages d'opinions (mais un score électoral plus modeste de 51%)... Sans oublier Angela Merkel, devenue l'année dernière la première femme à gouverner l'Allemagne...
* Encore la question iranienne, de son programme nucléaire militaire (initié, il faut le rappler, par les USA du temps du Shah, et qui, dorénavant, selon le gouvernement d'Israël et certains experts occidentaux, serait destiné à détruire l'Etat juif), de sa politique régionale au Moyen-Orient... Le président Ahmadinejad est d'ailleurs en visite en Syrie (il avait promis à Bachar el Hassad qu'il serait sa première destination officielle), puis au Liban, auprès du Hezbollah chiite et des groupes radicaux palestiniens (en lire plus)... Une visite dont certains ne manqueront pas de déduire l'existence, plus que jamais, d'un "axe" Téhéran-Damas-Hezbollah (et ses prolongement en Palestine, not. les Jihad islamique et Hamas ?), anti-impérialiste américain et anti-sioniste... De plus, le gouvernement iranien, d'une part, décide de retirer ses avoirs bancaires occidentaux (quelques 33 milliards de dollars, essentiellement des revenus pétroliers) et de les placer ailleurs, en lieux plus sûrs, afin d'éviter, si la crise actuelle s'envenime, la confication subie à la suite de la "Révolution islamique" de 1979, et d'autre part demande à l'OPEP de réduire sa production d'un million de barils, ce qui fait immédiatement flamber les bourses... L'Iran espère ainsi faire montrer la pression en sa faveur, en cas de saisine du Conseil de sécurité, à laquelle d'ailleurs Russie et Chine restent opposés actuellement. En France, le président Chirac fait une menace à peine voilée contre l'Iran de riposte ferme, conventionnelle ou même nucléaire, dans le cas ou "des Etats" utiliseraient l'arme terroriste pour frapper la France, ses "alliés", ou ses lieux "d'approvisionnements stratégiques"...
Fin janvier :
* Feuilleton nucléaire iranien : détente relative en fin de mois, après des déclarations iraniennes favorable à la "proposition russe" (voir Bloc-Notes 2005 en décembre), que l'Union européenne continue à soutenir... Mais nouvelle crispation les 30-31 janvier, L'Iran annonçant qu'il cessera sa coopération avec l'AEIA si le Conseil de sécurité est saisi (selon le voeux des Etats-Unis), tout en se substituant à la Russie pour fournir du gaz à la Géorgie.
* Le Forum social mondial de Caracas est l'occasion de mesurer l'ampleur et les limites de la récente poussée (voir Bloc-notes 2005 en novembre et décembre) de la gauche latino-américaine (en lire plus)
¤ Février 2006
* Energie : une révolution géopolitique en perspective (à moyen terme) : le président G.W. Bush affirme (le 1er février) que son pays est trop dépendant du pétrole ("USA are addicted to oil"), et annonce que les Etats-Unis vont réduire de 75% leurs importations de pétrole du Moyen-Orient d'ici 2025 (le pays importe 58% de son pétrole)... Et vont compenser, d'une part, en s'approvisionnant davantage auprès du Canada (qui dispose d'autant de réserve que l'Arabie saoudite, mais dont l'extraction et le raffinment de celles-ci reste onéreux et nécessite un gros investissement technologique, ce que le président Bush a précisément affirmé vouloir réaliser) ; d'autre part, en utilisant leurs énormes réserves de charbon (et en relançant leur programme nucléaire, en panne depuis 25 ans), et enfin, en développant davantage les sources énergétiques "propres"...
* Nouvel épisode du feuilleton du nucléaire iranien : l'AEIA décide (le 4 février) de saisir le Conseil de sécurité de l'ONU du dossier... L'Iran maintient néanmoins un discours ferme, tout en ne rompant pas totalement les contacts, puisque les inspections restent encore possibles.... Le 11, manifestation populaire à Téhéran à l'occasion de la fête de la Révolution de 1979, au cours de laquelle le président Mahmoud Ahmadinejad a menacé implicitement que l'Iran quitte le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) si les Occidentaux essayaient de le "priver" de son droit à l'énergie atomique, et a aussi réitéré ses attaques contre Israël en qualifiant de nouveau l'holocauste de "mythe" (en lire plus). Le 15, un général iranien affirme que son pays est prêt à repousser toute agression militaire, une éventualité (très peu probable en pratique cependant - en lire plus) évoquée par Donald Rumsfled quelques jours auparavant (en lire plus)
* L'affaire des caricatures du prophète Mohammed : après les violences autour de la représentation européenne à Gaza, la crise prend de l'ampleur avec l'assaut et l'incendie des ambassades du Danemark et de la Norvège à Damas (le 4 février, avec la bénédiction - et peut-être même à l'initiative - du régime de Bachar El Hassad, qui va profiter de l'aubaine pour renforcer sa position critique dans l'affaire Hariri...). Puis, les 5 et 6 février, des manifestations plus ou moins violentes à Beyrouth (au profit des pro-syriens, bien sûr), encore Gaza, Téhéran, Kaboul, Djakarta, Alger, Londres... (cf. la Fiche spéciale).
Les récupérations politiques vont bon train dans le Moyen-Orient, que ce soit du côté de certains gouvernements ou de certaines organisations islamiques (le Jihad islamique palestinien ou la Hezbollah libanais par ex. - voir sur ce dernier dans la Fiche de suivi Choc des civilisations), mais le Hamas reste modéré (voir Fiche de suivi février). Par contre, l'Iran saisit la balle au bond pour apparaître comme le nouveau leader et défenseur de l'honneur du Moyen-Orient (et du monde) musulman en annonçant, par la voix de son président Mahmoud Ahmadinejad, le boycott économique des pays européens concernés (280 millions de dollards par an avec le Danemark)..Car ces dessins illustrent selon lui "la haine envers l'islam et les musulmans qu'éprouvent les sionistes qui gouvernent ces pays et l'absence d'action sérieuse de la part des responsables de ces pays".. Poursuivant sa stratégie de leader du monde musulman anti-américain et anti-sioniste, cet Etat a sauté sur l'occasion !
A l'inverse, le président du plus grand pays musulman du monde, l'Indonésie, a condamné la publication des caricatures mais appelé ses concitoyens au calme. "La publication des caricatures marque clairement un manque de sensibilité à l'égard des croyances d'un groupe religieux", a dit le président Susilo Bambang Yudhoyono, mais il a ajouté que son gouvernement avait accepté les excuses présentées par la direction du journal danois. A Ankara, le ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gül, a qualifié la publication des caricatures de "provocation" et d'acte "irresponsable", mais le Président R. Erdogan a lancé un appel conjoint à l'apaisement avec son homologue espagnol José Luis Zapatero. (Voir aussi sur la Fiche de suivi Choc des civilisations).
Devant la poursuite des manifestations (qui ne rassemblent en général pas des foules très nombreuses cependant), Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, Javier Solana, le haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère, et Ekmeleddin Ihsanoglu, le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), ont signé une déclaration commune, le 7 février, pour exprimer leur "profonde préoccupation". Ils écrivent que "la liberté de la presse implique responsabilité et jugement et doit respecter les croyances et les principes de toutes les religions, mais les actes violents récents dépassent les limites de la protestation pacifique". Ils condamnent en particulier "les attaques déplorables contre les missions diplomatiques à Damas, Beyrouth et ailleurs".
Le 15, cette fois, très grosse manifestation anti américaine et anti danoise de 70.000 personnes à Peshawar, au Pakistan : les symboles "occidentaux" comme le KFC, le McDonald, ont été détruits... Cependant, encore une fois (voir sur la Fiche de suivi Choc des civilisations), on décèle une stratégie politique derrière la mobilisation des islamistes, dont le véritable objectif est moins de protester contre l'affront fait au Prophète que de mesurer leur force populaire et de déstabiliser le régime du président Musharraf, allié des Etats-Unis. Le 18, manifestation (en réaction contre le port d'un tee-shirt provocant par un ministre italien qui a été immédiatement "démissionné" par E. Berlusconi - en lire plus) violemment réprimée à Benghazi en Lybie, qui entraîne le limogeage du ministre de l'Intérieur (en lire plus). Le 19, encore une grosse manifestation en Turquie (à l'appel du parti islamiste "Félicité"), ainsi qu'au Pakistan (Islamabad), où les opposants islamistes s'organisent de plus en plus et installent la contestation dans la durée (trois semaines de mobilisations sont d'ores et déjà programmées) afin de tenter d'atteindre leur objectif politique (déstabiliser le régime de Musharraf), une grève générale étant annoncée en guise de point d'orgue des manifestations.
Le 20, émeutes sanglantes au Nigéria (région du Nord-est, habituée aux affrontements inter-confessionnels), 22 églises chrétiennes incendiées, un prêtre brûlé vif, plusieurs autres chrétiens tués. En Afghanistan, des milliers d'étudiants (talibans ?) crient leur haine de l'Amérique et du régime politique local, brûlant les effigies de G.W. Bush et d'Hamid Karzaï. Le même jour, Benoît XVI lance un appel à la fin des violences mais aussi à la protection de la foi et des croyances religieuses contre les agressions au nom de la liberté d'expression.
* Scandale d'Abou Ghrayb en Irak : la publication en Australie (le 15 février) de nouvelles images - encore plus dures - des sévices infligés aux prisonniers par les militaires états-uniens (en lire plus) risque de provoquer une nouvelle vague d'indignation et de violence dans les pays musulmans...
* Asie centrale : la candidature du Kazakhstan à la présidence de l'OSCE en 2009 embarrasse l'Europe, qui s'inquiètent des "faibles performances démocratiques" du régime du président Nazarbaev (au pouvoir depuis 1990, réélu en décembre 2005 avec 91% des voix, un scurtin dénoncé présicément par les observateurs de l'OSCE), mais lui font en même temps les yeux de Chimène en raison des énormes capacités pétrolières du pays et de son importance géo-économique.. (fin février).
¤ Mars 2006
* Sur fond de crise internationale avec l'affaire des caricatures et l'arrivée au pouvoir du Hamas en Palestine (dont une délégation arrive en visite officielle à Moscou), le mois commence avec la visite du président français en Inde puis en Arabie Saoudite, et du président états-unien en Inde également puis au Pakistan. Jacques Chirac se déclare (dans le second pays visité) hostile à des sanctions financières contre l'Autorité palestinienne ; G.W. Bush vient relancer la "lutte contre le terrorisme" en général et contre Al Qaïda en particulier auprès de Pervez Musharraf, confronté à une grave remise en cause politique interne par l'opposition islamiste qui surfe sur l'affaire des caricatures (cf. supra). Mais au-delà de la problématique islamiste, le plus gros enjeu de ces voyages est d'ordre géo-économique et géo-stratégique : d'une part, les Etats français et américain rivalisent de courtisanerie et de promesses économiques pour arracher le "marché" indien du nucléaire, de même qu'il rivalisent en Afrique pour le contrôle des régions pétrolifères. De plus, l'administration fédérale d'outre-Atlantique cherche à soutenir le régime politique pakistanais "ami" dont elle a besoin pour contrôler la région du Moyen-Orient et y contenir les ambitions à la fois iraniennes et russes, face aux incertitudes pesant en Irak et en Afghanistan. Mais le soutien manifeste apporté par Washington au régime militaire de P. Musharraf, qui donne des signes de bonne volonté en ayant envoyé l'armée combattre contre les talibans et leurs alliés pachtounes dans la province du Wasiristan (sur la frontière afghane)(v. Fiche de suivi Al Qaïda), risque à nouveau de renforcer la crédibilité de la rhétorique politique des islamistes radicaux, y compris Al Qaida, visant à délégitimer les régimes qui "collaborent" avec les puissance occidentales en général mais surtout les Etats-Unis en particulier....
* 8 mars : Attentats de Benares, revendiqués par un groupe islamiste inconnu, qui menace de recommencer si l'Inde "ne met pas fin à ses atrocités contre les cachemiris musulmans".... Encore la question du Cachemire, toujours pas réglée malgré les avancées des deux années précédentes entre les gvts indiens et pakistanais...(v. Bloc-notes 2004 et 2005)
* Europe de l'Est : Belarus (Biélorussie) : les 19 et 20 mars, réélection à 82,6% du président sortant Alexander Loukachenko (au pouvoir depuis déjà 12 ans dans ce petit pays de 10 millions d'habitants) dans ce qu'on considère comme la "dernière dictature d'Europe", régime fermement soutenu par Moscou, où l'économie est à 80% aux mains de l'Etat. Loukachenko qualifie ses opposants (conduits par Alexander Milinkevitch) de "terroristes" dont il va "casser le coup"... Moscou déclare l'élection "équitable", au contraire de l'OSCE, qui en dénonce les modalités... 10.000 opposants sont descendus dans la rue le soir du 20 mars, mais ne sont pas structurés politiquement, au contraire de l'Ukraine, malgré 7000 opposants encore dans la rue le 26 mars... la "révolution bleue" risque de ne pas avoir lieu... Ukraine dans laquelle il semble qu'on assiste, dans la perspective des prochaines élections du 26 mars, à un surprenant rapprochement tactique entre les deux ennemis d'hier, les deux Victor (le pro-occidental Ioutchenko, porté au pouvoir présidentiel fin 2004 à la suite de la "révolution orange") et le pro-russe Ianoukovitch, leader du puissant "parti des régions), contre l'ex-premier ministre, limogée par Iouchenko en septembre 2005, égérie de la "révolution orange" et pourfendeuse de la corruption étatique et très ambitieuse Ioulia Timochenko..
* W. Poutine en visite en Chine, qui courtise Moscou et son pétrole (actuellement le pétrole russe ne représente que 10% des importations), réclame un branchement sur un pipe-line russe destiné au Japon, faisant miroiter en échange des commandes d'armes... Pour l'instant, c'est son gaz que Moscou est disposé à vendre en plus grande quantité à Pékin, de même que ses centrales nucléaires (dont le président russe a annoncé plusieurs ventes à la Chine)
* Feuilleton du Nucléaire iranien : le Conseil de sécurité de l'ONU n'est pas parvenu à se mettre d'accord sur un texte contre Téhéran, protégé par Moscou et Pékin (21 mars). Même les Etats-Unis sont limités par leur besoin de négocier avec l'Iran pour éviter un embrasement inter-confessionnel en Irak. D'ailleurs, des négociations ont repris de facto entre Washington et Téhéran, et même officiellement (cela été admis par l'ayatollah Kameneï en personne, et le Conseil de la Révolution, qui a intimé au président Ahmadinejed de modérer son discours)... Mais finalement, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité se mettent d'accord, le 29 mars, pour demander à l'Iran de cesser ses activités d'enrichissement d'uranium dans les trente jours, sous le contrôle de l'IEA. Mais Téhéran réagit par une fin de non-recevoir... et réaffirme son "droit" à un "programme nucléaire pacifique".
* Energie et armes nucléaires : La Grande-Bretagne et les Etats-Unis vont suivre l'exemple de la France en modernisant leur arsenal nucléaire, ce qui alimente le débat outre-Manche, alors que le G8 appelle (le 16 mars) à un vaste développement du nucléaire civil dans "les pays qui le souhaitent" pour répondre à leurs besoins énergétiques à long terme. Le tout sur fond de concurrence économique nucléaire mondiale, spécialement entre la France et les Etats-Unis (v. en début de mois à propos de l'Inde).
* Equateur : face à l'ampleur de la contestation populaire, l'état d'urgence est décrété en Equateur. Les indigènes refusent un traité de libre-échange avec les Etats-Unis, dans la foulée des changements politiques en Bolivie (cf. décembre 2005 et mi-janvier 2006)
¤ Avril 2006
* Feuilleton nucléaire iranien (suite) : Les Etats-Unis vont-ils attaquer l'Iran ? La question est redevenue pressante après la publication de deux longs articles dans la revue américaine The New Yorker et le quotidien The Washington Post. Dans la première, Seymour Hersh, "le meilleur journaliste d'investigation américain", selon le Guardian de Londres, affirme que les plans prévoient l'utilisation de petites bombes nucléaires pour détruire les installations où le régime islamique développerait l'arme atomique. Le Washington Post parle de raids aériens plus classiques, mais ne prévoit rien à très court terme. La bataille fait rage au sein de l'administration américaine entre partisans et opposants à une attaque. Bush, lui, a une "vision messianique", selon un collaborateur. Attaquer l'Iran est une "mauvaise idée", juge un contributeur du Guardian, car les Etats-Unis ne savent pas s'ils veulent en changer le régime. Washington tente de minorer ces révélations, rapporte le Washington Post. "L'Iran n'est pas l'Irak", clame le ministre britannique Jack Straw sur la BBC. L'Iran dénonce une "guerre psychologique". Le Tehran Times critique l'"unilatéralisme" américain et le président Ahmadinejad campe sur ses positions fermes (8-10 avril). La semaine précédente, l'Iran avait procédé à plusieurs jours d'importantes manoeuvres militaires dans le Golfe persique, faisant tirer trois missiles balistiques. Des experts estiment que l'Iran obtiendrait sa capacité militaire nucléaire (la "bombe H") d'ici à quelques années... En tout cas, le président Ahmadinejad a déclaré le 11 avril que son pays est prêt à passer au stade industriel de l'enrichissement d'uranium. Interrogé le même jour sur l'éventualité de bombardements américains sur l'Iran, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a dit privilégier la "voie diplomatique", et le président Bush qualifie ces informations de "pure spéculation". Mais la Maison blanche critique la déclaration d'Ahmadinejad en la qualifiant de "pas dans la mauvaise direction". Le directeur de l'AIEA est attendu en Iran, et entre-temps, le prix de pétrole s'envole pour atteindre des niveaux historiques depuis 1988 (plus de 70 dollars le baril)....
Le 14 avril, lors d'une conférence de soutien aux Palestiniens, le Guide de la Révolution Ali Kamenei et le président Ahmadinejad lancent une violente diatribe contre les Etats-Unis et Israël, annonçant que le "régime sioniste est une injustice" et est voué à la disparition. Ils appellent toutes les nations islamiques à apporter leur aide financière à l'Autorité palestinienne, mais Khaled Mechaal, qui assiste à la conférence et tient les comptes, avoue qu'à ce jour il n'a rien reçu des Iraniens... (en lire plus). Deux jours plus tard, néanmoins, le gouvernement iranien annonce une aide financière de 50 millions de dollars à la "nation palestinienne" (équivalent à un mois de taxes douanières palestiniennes)... Le 18 avril, "jour de l'armée" en Iran, imposante parade militaire, occasion pour le président Ahmadinejad (soutenu par l'ancien président Rafsandjani) de réaffirmer que son pays est prêt à repousser toute agression militaire. Le président Bush réplique en affirmant que "toutes les options sont sur la table" contre l'Iran. Cependant, les 5 membres permanents du Conseil de sécurité, réunis à Moscou, ne parviennent pas à se mettre d'accord sur des sanctions... Le 20, dans le cadre d'une visite officielle de deux jours en Egypte, Jacques Chirac a appelé, de concert avec Hosni Moubarak, à un règlement "par les moyens diplomatiques et politiques" de la crise du nucléaire iranien. Mais Condolezza Rice n'a pas exclu une intervention militaire : elle a évoqué hier le droit à l'autodéfense de Washington, "qui ne nécessite pas de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU". A Moscou, une délégation iranienne a annoncé que Téhéran prévoit de mettre en route de nouvelles centrifugeuses pour enrichir de l'uranium.... Le 26, on apprend qu'Israël a lancé un nouveau satellite (Eros B) pour surveiller de près les installations nucléaires iraniennes... Le 28, l'ultimatum du Conseil de sécurité de l'ONU expire : mais Téhéran reste ferme et Ahmadinejad menace de cesser de coopérer avec l'AIEA. Le président Bush affirme privilégier la voie diplomatique.
Plus que jamais, la question du nucléaire apparaît pour le gouvernement iranien comme une question de fierté nationale, l'occasion de prendre une revanche contre l'Occident et les Etats-Unis en particulier après l'échec de la tentative de nationalisation du pétrole par Mossadegh au début des années 1950, tout en offrant au pays le moyen militaire de devenir la grande puissance régionale -et donc une puissance mondiale.
V. sur la question du nucléaire iranien le dossier du Monde
* Pakistan : l'armée négocie avec les chefs tribaux du Waziristan, après une offensive vouée à l'échec. Malgré la visite de G. Bush et les déclarations du président Musharraf début mars (cf. supra), le nord du Pakistan reste un fief taliban imprenable.... et un refuge pour Ben Laden ?
* Violences inter-confessionnelles en Egypte : après l'agression meurtrière de coptes en pleine messe, des heurts lors de l'enterrement font un mort musulman et des dizaines de blessés...(14 -16 avil). Incidents qui se sont produits quelques jours après la libération de plusieurs centaines d'islamistes de la jamaa islamiyya, organisation responsable de l'assassinat du président Sadate (cf. sur le lexique terminologique Islam et politique), et sur fond de progression politique des Frères musulmans, qui ont multiplié par 5 leurs sièges au parlement lors des dernières législatives (de décembre 2005). Le 24 avril, le triple attentat de la station balnéaire de Dahab dans le Sinaï (18 morts) fait encore monter la pression à l'égard du régime jugé (par les islamistes radicaux) "collaborationniste" (avec l'Occident et Israël) d'Hosni Moubarak... Dont le gouvernement en profite pour demander (le 30 avril) la prorogation de l'état d'urgence en place depuis 25 ans, au grand dam des Frères musulmans (en lire plus).
* Violences en Turquie : après des manifestations de jeunes kurdes, attentat à la grenade à Istambul (une trentaine de blessés).. Regain des tentations autonomistes (voire séparatistes), sans doute stimulées par l'autonomie du kurdistan irakien...
* Népal : séries de manifestations (100.000 personnes le 20 avril), et de couvre-feu. Onze personnes tuées en trois semaines de manifestations contre le roi Gyanendra, considéré comme un Dieu vivant, qui s'est arrogé tous les pouvoirs en (février) 2005, en accusant l'opposition d'impuissance face à la guérilla maoïste. Les opposants réclament le retour de la démocratie. Le 22, le roi recule en acceptant de restaurer la démocratie après une nouvelle manifestation monstre (200.000 ou peut-être même 300.000 personnes) qui a fait des dizaines de blessés, tout en maintenant le couvre-feu... (en lire plus). Le 24, le roi fait un nouveau geste et promet de rétablir le parlement dissous en 2002, ainsi que le poste de Premier ministre, décision applaudie par la coalition des (7) partis d'opposition, qui a appelé à la fin des manifestations, et a désigné le chef du Parti du Congrès au poste de 1er ministre. Cependant, la guérilla maoïste - bien qu'elle ait déclaré, le 27, un trève de trois mois, ne s'arrêtera pas là, car son objectif politique est le renversement de la monarchie et l'instauration d'une république "démocratique et populaire"... Le 28, première réunion du parlement népalais : sous la pression des maoïstes, les députés décident de préparer une nouvelle constitution. Le 30, le Premier ministre lance à appel aux maoïstes pour un "concorde nationale" et la fin définitive de la guérilla.
* Géopolitique et géo-économie du Gaz : bien que le n° 1 mondial du Gaz, le russe Gazprom, a d'ores et déjà accru sa présence en Europe, V. Poutine hausse le ton et demande 1/3 des parts de marchés européens d'ici 2010.
* Géopolitique et géo-économie du pétrole : la Lybie, dont les réserves pétrolières sont considérables (40 milliards de barils, pour une production de 1,7 millions de barils jour), et les recettes en hausse (grâce à l'augmentation actuelle du pétrole) est très courtisée : la France (Total), les Etats-Unis, et même la Chine y sont présents et cherchent à y accroître leur positions. La Chine est particulièrement "assoiffée" étant donné la croissance très rapide de ses besoins énergétiques : le président Hu Jintao est d'ailleurs de passage au Nigeria, le pays africain le plus riche en pétrole, et y a obtenu des accords pour quatre licence d'exploration... De son côté, Hugo Chavez continue d'irriter les Etats-Unis, d'autant plus "marris" que la gauche est en pleine poussée politique en Amérique centrale et du sud, en soutenant les sandinistes nicaraguayens avec le pétrole vénézuélien (en lire plus), alors que le président de la Bolivie, Evo Morales, a annoncé le 1er mai la nationalisation de tous les hydrocarbures du pays, où l'armée a pris le contrôle des gisements gaziers et pétroliers. Les quelque 26 compagnies pétrolières étrangères opérant dans le pays (y compris la compagnie française Total, mais pour 1% de sa production seulement semble-t-il) ont 180 jours pour régulariser leur situation, par de nouveaux contrats d'exploitation. Dans la soirée, Evo Morales a annoncé d'autres nationalisations, "dans les mines, les forêts et toutes les ressources naturelles". (en lire plus). Moralès vient d'ailleurs de faire adhérer son pays à l'Alliance bolivarienne pour les Amériques, emmenée par Fidel Castro et Hugo Chavez ...
¤ Mai 2006
* Géopolitique du nucléaire au Moyen-Orient et feuilleton nucléaire iranien : les 2 et 3 mai, alors que les membres du Conseil de sécurité, réunis à Paris , ne sont pas tombés d'accord sur un projet de résolution contraignante dans le cas iranien, Téhéran continue d'enrichir son uranium (v. le mois précédent et en lire plus). Le chef d'état-major israélien déclare qu'une éventuelle détention de l'arme nucléaire par l'Iran menacerait l'existence même de l'Etat d'Israël (en lire plus). De fait, le gouvernement iranien annonce qu'en cas d'attaque contre l'Iran, Israël serait la première cible. Cependant, le journaliste israélien Akiva Eldar rappelle dans une analyse profonde les conséquences néfastes (pour la paix dans la région en général et le conflit israélo-palestinien en particulier) de l'attitude stratégique israélienne dominante sous le "règne" d'Amos Gilad et de Shaoul Mofaz, consistant à surestimer l'adversaire arabe (Saddam Hussein puis Yasser Arafat) et sa volonté réelle de "destruction", ainsi qu'à ne retenir comme option que la confrontation militaire, ce qui, au final, conduit à renforcer et à radicaliser l'adversaire (comme la victoire prévisible du Hamas aux élections de janvier l'a montré - cf. la conférence du 10 février dernier)... (en lire plus). Une analyse qui pourrait bien se révéler pertinente également vis-à-vis de l'adversaire iranien...
* Géopolitique et géoéconomie du pétrole : alors que les cours sont au plus haut depuis 25 ans, remplissant les caisses des compagnies pétrolières et des Etats propriétaires de gisements (comme la Lybie), mais aiguisant aussi les appétits "nationalisateurs" (Bolivie récemment), le 4 mai, la grosse compagnie brésilienne Pétrogas, le plus gros investisseur en Bolivie, dont elle tire son principal approvisionnement en pétrole, et qui, par conséquent, a beaucoup à perdre des nationalisations annoncées par Evo Morales (v. supra. Morales qui vient de recevoir la visite (et le soutien) d'Hugo Chavez - cf. infra), hausse le ton et proteste en agitant des menaces de rétorsions économiques. Mais le président Lulla tient un discours beaucoup plus modéré, soulignant notamment le droit du peuple bolivien aux nationalisations au nom de ses "souffrances". La Paz elle-même donne des signes d'apaisement, puisque Morales a promis de garantir la livraison du gaz et obtenu une renégociation des tarifs, lors du sommet du 4 mai entre Brésil, Bolivie, Argentine et Venezuela à Buenos Aires. De son côté le Brésil, grand producteur d'éthanol, est courtisé par la Chine, intéressée par la maîtrise de cette technologie de substitution au pétrole qui conviendrait bien à un grand pays encore massivement agricole comme la Chine...
* Népal : les maoïstes acceptent (le 4 mai) un cessez-le-feu décrété par le nouveau gouvernement et d'entamer des négociations avec lui. La crise semble en voie de résolution "démocratique"... Fin mai, le Parlement enlève au Roi des pouvoirs politiques et militaires, et proclame à l'unanimité le caractère laïque du pays.
* France-Algérie : alors que la crise politique récente relative au passé colonial n'est pas terminée (comme en témoigne le discours du président Bouteflika le 8 mai - date du massacre de dizaines de milliers d'Algériens en 1945 par les troupes et colons français - accusant la France d'"oppression colonialiste" et de "génocide", et réclamant des "excuses publiques"), la logique économique l'emporte : une délégation du MEDEF est arrivée le 4 mai à Alger pour stimuler les investissements français, menacés (alors que le France est encore le partenaire économique n° 1 de l'Algérie) par l'Allemangne, les Etats-Unis et la Chine (très présente dans la construction à Alger). Commentaire (pertinent) d'un journaliste économique français : "le traité d'amitié franco-algérien (dont la signature officielle entre J. Chirac et A. Bouteflika a été reportée à cause de la dite crise) est déjà signé !". Par ailleurs, on apprend trois jours après que l'Algérie, qui bénéficie, comme tous les pays producteurs, de rentrées financières exceptionnelles grâce à l'augmentation des tarifs du pétrole et du gaz (v. not. le cas de la Lybie supra, au mois d'avril), va rembourser sa dette au Club de Paris, à hauteur de 8 milliards d'euros, réalisant une économie considérable sur les taux d'interêts, devenant ainsi un pays "vertueux" au regard des critères du FMI.
* France-Tunisie : La Tunisie n'est pas en reste sur le plan économique avec la France. Ainsi que le rappelle le premier ministre Mohammed Ghannouchi, en visite à Matignon le 9 mai pour signer un accord de coopération et y demander un soutien politique à un accord d'association avec l'UE, 1000 entreprises françaises y travaillent (52 nouvelles s'y installent chaque année).
* France-Maroc : quant au Maroc, c'est l'explosion des "centres d'appels" français délocalisés qui y défraye l'actualité. Ainsi un de ces "call center" ou "hotline", est d'ores et déjà le premier employeur à Rabat, la capitale, avec 2000 employés, et double son chiffre d'affaires chaque année, créant sans cesse de nouveaux sites. Très bien payés par rapport au "smic" national, bénéficaires d'une protection sociale sans équivalent au Maroc (avec une mutuelle d'entreprise performante), ces jeunes employés marocains (parfaitement bilingues) évoluant professionnellement dans un contexte culturel français, préfigurent-ils tout autant la "classe moyenne" marocaine de demain que l'approfondissement d'un rapprochement économique et culturel déjà à l'oeuvre entre le Maghreb et la France (et à travers elle l'Europe).... ?
* Darfour : un accord de paix signé à l'arraché. La principale faction rebelle et Khartoum ont signé, vendredi 5 mai à Abuja (Nigeria), un accord destiné à ramener la paix dans cette immense région déshéritée de l'ouest du Soudan, ravagée depuis 2003 par un conflit qui a causé la mort d'au moins 180 000 personnes. Washington pousse à l'envoi de troupes de l'ONU dans la région.
* Russie : discours très anti-états-unien de Vladimir Poutine. Dans un contexte géopolitiquement tendu (critiques états-unienne sur l'état des droits de l'homme en Russie ; projets d'élargissement de l'OTAN à d'ancien Etats statellites soviétiques (not. l'Albanie) ; velléités états-uniennes au Khazakstan), le président russe se cabre, avec des relents de style "guerre froide", stigmatise le "loup qui mange et n'écoute personne", qui fait disparaître la démocratie qu'il prétend instaurer partout il il intervient, et qui a un buget militaire 25 fois plus élevé que la Russie. Cette dernière doit donc se renforcer face à la "forteresse" américaine. V. Poutine annonce le renforcement du budget militaire russe (grâce aux revenus du pétrole et du gaz) afin de renforcer la puissance nationale contre l'impérialisme états-unien, et réclame l'augmentation des pouvoirs (et de l'indépendance) du Conseil de sécurité de l'ONU. Un puissant axe géopolitique anti-états-unien Russie-Iran-Chine (puisque la Chine et la Russie protègent l'Iran dans l'affaire du nucléaire iranien, cf. supra et infra) serait-il en train de prendre forme ?
* Feuilleton du Nucléaire iranien : le 8 mai, le président Ahmadinejad déclare avoir adressé une lettre au président Bush, proposant de "nouveaux moyens" pour sortir de la crise actuelle. Un évènement historique (c'est la première fois de puis 25 ans que l'Iran adresse la parole directement aux Etats-Unis) qui tombe fort opportunément, le jour de la réunion du Conseil de sécurité à New York, donnant un nouvel argument à la Russie et à la Chine pour s'opposer à des sanctions. Belle manoeuvre diplomatique (car il semble que les "nouveaux moyens" proposés ne soient guère sérieux - aux yeux de l'administration fédérale en tout cas - lire la lettre, rédigée en anglais) pour empêcher la Maison Blanche d'obtenir une décision favorable du Conseil de sécurité. Contrariée et agacée, elle choisit d'ignorer l'initiative iranienne, et écarte toujours l'idée d'une négociation directe avec Téhéran, mais change brusquement de tactique, "le temps d'un dîner", et temporise en laissant l'UE faire de nouvelles propositions (en lire plus). Ces dernières, présentées le 16 mai, ne sont pas très "nouvelles" (fourniture d'un réacteur nucléaire civil "clé en main" en échange du renoncement à l'enrichissement), et n'ont guère eu de succès du côté de Téhéran. Finalement (en fin de mois), les Etats-Unis opèrent une volte-face historique (depuis la rupture de 1996) puisqu'ils se disent prêts à entamer des négociations directement avec Téhéran, à condition que le régime iranien renonce à l'enrichissement. Pour éclairer l'attitude de Washington dans cette affaire, il faut savoir que les Think Tanks néoconservateurs envisagent de faire à terme de l'Iran le principal allié des Etats-Unis au Moyen-Orient, ainsi que l'a précisé à juste titre le géopoliticien Frédéric Encel Interrogé sur Europe 1 le 1er juin. En effet, première puissance régionale, l'Iran serait un partenaire bien plus intéressant que que l'Irak ou le Pakistan, à condition, bien entendu, de faire tomber le régime des mollahs et de faire advenir un régime iranien "ami"... (lire un article de D. Vernet sur ces question).
* 13 mai : sommet du "Developing 8" en Indonésie, qui réunit les 8 pays musulmans les plus peuplés, qui appelle à la modernisation du monde musulman (1,5 milliards de personnes) et préfigure la constitution d'une nouvelle (future) puissance mondiale ? (En lire plus).
* Politique étrangère états-unienne : le 15 mai, les Etats-Unis rétablissent des relations diplomatiques avec la Lybie, consacrant l'ouverture politique, militaro-stratégique et économique du pays de Mouammar Kadhafi (v. supra, not. avril 2006), et exhortent l'Iran à suivre l'exemple de Tripoli en matière nucléaire. Fin mai, Washington créé l'évènement en se disant prête à négocier directement avec Téhéran sur la question nucléaire, à condition que l'Etat perse renonce à l'enrichissement de l'uranium.
* 22 mai. Achèvement du processus d'éclatement de la Yougoslavie : le Monténégro choisit l'indépendance : le 1er ministre monténégrin, M. Djukanovic, fervent partisan de la séparation avec la Serbie, a annoncé la victoire du "oui" au référendum sur l'indépendance de la république, provoquant une explosion de joie à Podgorica. Le seuil de 55 % des suffrages requis par l'Union européenne (qui temporise depuis trois ans la consultation référendaire) a été dépassé de justesse (55,4%), Les "Unionistes" ont refusé de reconnaître leur défaite. Le Monténégro sera la dernière des six républiques fédérales de l'ex-Yougoslavie à rompre avec la Serbie depuis 1991. Composé de 650.000 habitants, de rite orthodoxe majoritaire, grand comme deux ou trois départements français seulement, le Monténégro était un Etat souverain avant 1918. Son indépendance a été saluée par toutes les ex-républiques fédérées. La parenthèse fédérale du XXe siècle semble bien se refermer définitivement sur l'ex-Yougoslavie. Reste néanmoins la question du Kosovo, dont l'avenir politique est toujours en suspens, mais où les velléités sécessionnistes (de la majorité albanaise musulmane, alors que les Monténégrains sont chrétiens orthodoxes, comme les Serbes) y sont encore plus massives. Fin juin, Le Monténégro devient le 192e Etat membre de l'ONU, après avoir proclamé officiellement son indépendance.
* 24 mai : crise dans le jeune Etat du Timor oriental : les forces loyales et rebelles s'y affrontent. Des combats opposent des soldats loyaux au pouvoir à des militaires déserteurs au Timor-Leste, notamment dans la capitale, Dili. Un militaire a été tué dans dans la ville de Liquica, et des habitants ont fui leurs maisons. Impuissant à rétablir l'ordre après trois jours de violences, ce petit Etat d'Asie a demandé à l'Australie, la Nouvelle- Zélande, le Portugal et la Malaisie de déployer des troupes. Canberra a déjà dépêché plus de 1 000 soldats. Entre le tiers et la moitié des soldats timorais ont récemment déserté et ont ensuite été révoqués.
* 24 mai : Nucléaire aux Etats-Unis. Le président Bush a appelé de façon "vigoureuse" à construire des centrales nucléaires pour réduire la dépendance énergétique du pays. (v. en matière de réduction de la dépendance pétrolière, les déclarations du même, supra, au 1er février. V. aussi supra, fin mars).
* 25 mai : le président J. Chirac en visite officielle au Brésil, sans doute future première puissance énergétique mondiale, avec une délégation d'hommes d'affaires et d'entrepreneurs. Il soutient la réélection de "Lulla" aux élections présidentielles d'octobre prochain et entend doubler les échanges franco-brésiliens au cours de la prochaine décennie.
* Géopolitique de l'énergie (Europe de l'Est, Caucase, Asie centrale) : le 22 mai, les quatre membres du "GUAM" (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) renforcent cette structure de coopération énergétique (et géopolitique) pour faire contrepoids au géant russe, alors que le Kazakhstan vient de faire défection et s'est rapproché au contraire de Moscou (en lire plus). Le 25 mai, l'oléoduc sino-kazakh est opérationnel et entre en fonctionnement. L'ouvrage, long de 1000 km et qui a coûté plus de 700 millions de dollars, doit permettre de livrer 20 millions de tonnes de pétrole par an à la Chine. Son remplissage a nécessité 5 mois. Le même jour, la Russie et l'Union européenne n'ont pas réussi à trouver d'accord sur l'énergie, lors du sommet (17e de ce genre) qui s'est tenu à Sotchi, dans le sud de la Russie, pour cause de non-réciprocité des investissements. L'UE souhaite voir le secteur russe des hydrocarbures s'ouvrir aux capitaux étrangers. Vladimir Poutine répond : "Nous nous demandons ce que nous obtenons en échange." L'Asia Times dresse un tableau peu encourageant du choc des cultures politique et économique entre Russie et Europe. Le Kremlin revendique le droit d'utiliser sa puissance gazière et pétrolière pour servir ses fins géopolitiques. Dans une allusion à peine voilée à l'intervention américaine en Irak, rapportée par le Guardian (Londres), M. Poutine a déclaré : "Nous voyons comment les Etats-Unis défendent leurs intérêts, nous voyons bien quelles méthodes et quels moyens ils utilisent." Par ailleurs, tandis que les puissances occidentales peinent à s'entendre avec elle, la Russie avance ses pions en Algérie. Le Washington Times s'inquiète de voir un tel rapprochement créer un "cartel" du gaz naturel. Le quotidien conservateur cite un PDG italien : "Nous sommes de plus en plus dépendants d'un petit nombre de producteurs."
V. sur la question géopolitique (et géo-économique) pétrolière l'article de Nicolas Sarkis, "L'après-pétrole a déjà commencé", dans Le Monde diplomatique de mai 2006, pp.12-13, et l'ouvrage de Eric Laurent, La face cachée du pétrole, Plon, mars 2006, qui soulignent notamment la surestimation chronique des ressources par les pays producteurs et l'impact de la "guerre" à laquelle vont de plus en plus se livrer les grands pays consommateurs pour s'assurer leur approvisionnement.
* lire
une étude du Monde sur l'enjeu géopolitique que représente
l'Arctique canadien.
¤ Juin 2006
* Feuilleton du Nucléaire iranien (v. supra au 8 mai) : reprise des négociations avec l'Iran. Javier Solana fait début juin au nom de l'UE (et avec l'aval des Etats-Unis qui viennement d'assouplir considérablement leur position en fin de mois précédent) de nouvelles propositions au gouvernement iranien, qui serait autorisé à procéder à l'enrichissement de l'uranium sous certaines conditions. Téhéran se réjouit de la reprise du processus diplomatique, incarnée par ce "plan de Vienne". Selon un rapport de l'AIEA, l'Iran poursuit l'enrichissement et continue à installer des centrifugeuses... Lire une chronique de Daniel Vernet, dans Le Monde du 13 juin, selon laquelle la crise du nucléaire iranien est un véritable cas d'école pour les deux doctrines qui se disputent les faveurs des responsables de la politique étrangère américaine. V. aussi infra, le sommet de Vienne. Lire enfin une analyse de l'intense activité diplomatique déployée par le régime iranien de part le monde.
* Géopolitique de l'énergie (Europe de l'Est, Caucase, Asie centrale) : le sommet du G8 en Russie confirme la position "géopolitique" de Moscou sur la question, qui refuse d'ouvrir ses gasoducs aux concurrents de Gazprom, la compagnie nationale. Lire un point de vue d'Alain Délétroz sur le Gaz et la politique en Asie centrale et une critique de la "souplesse" de la position européenne vis-à-vis des dictatures, paru dans Le Monde.
* Géopolitique Etats-Unis / Chine : lire une intéressante enquête montrant que les deux "superpuissances du pacifique" (et mondiales) n'ont aucun intérêt à une crise, un choc frontal, tellement leurs économies respectives sont interdépendantes.
* Lire une chronique de Daniel Vernet sur le fiasco occidental (et spécialement états-unien) en Afghanistan et en Irak dans Le Monde du 21 juin 2006.
* 21 juin : Sommet de Vienne : les Etats-Unis et l'Union européenne affichent leur coopération. Réunis à Vienne, Américains et Européens ont évoqué les dossiers qui les divisent, tout en soulignant qu'il y a "plus d'accords que de désaccords". G.W. Bush a plaidé pour la fermeture de Guantanamo sans indiquer de date (v. les déboirs juridiques de cette prison sur la Fiche de suivi "Bush II", juin 2006). Sur le dossier du nucléaire iranien, ils ont affiché une entente parfaite, jugeant que Téhéran doit accepter l'offre qui lui a été faite (le gouvernement iranien veut attendre le moi d'août pour faire connaître sa réponse, délai que G.W. Bush trouve "trop long"). Alors que 15 000 personnes manifestaient à Vienne contre sa venue, le président des Etats-Unis justifié la guerre contre le terrorisme, affirmant que son pays était "moins dangereux" que l'Iran ou la Corée du Nord.
* 26 juin : Mittal Steel a convaincu Arcelor de fusionner : après cinq mois de bataille boursière acharnée, le sidérurgiste européen a opéré hier une véritable volte-face, acceptant à l'issue d'un conseil d'administration l'offre de l'indien Mittal. Cette proposition, qualifiée de "fusion entre égaux", donnera naissance au numéro un mondial de l'acier. Le groupe de Lakshmi Mittal a accepté d'être minoritaire dans le nouvel ensemble et relevé son offre, proposant une action à plus de 40 euros contre près de 38 jusque-là. Arcelor tourne ainsi le dos à un projet de mariage avec le russe Severstal, dont il était à l'origine. La Russie grogne, mécontente d'avoir perdu une occasion d'augmenter sa puissance énergético-géopolitique (cf. supra), tout en recentrant son attention sur le gaz (cf. infra).
¤ Juillet 2006
* Géopolitique de l'énergie : alors que les Anglo-saxons occupent l’Irak pour s’assurer le contrôle de son pétrole, la question de la sécurité énergétique mondiale dominera le sommet du G8 à Saint-Petersbourg. La paix n’est en effet possible que si les ressources énergétiques des grandes puisances militaires leurs sont garanties. Le 7, un nouveau record du prix du pétrole est d'ailleurs atteint, sur fond de tensions géopolitiques (outre l'Irak, l'affirmation des "nationalismes" pétroliers comme au Pérou [cf. supra, mai], la poursuite de la crise iranienne et le regain de tension du côté de la Corée) (en lire plus). Dans cette optique, la Russie - premier pays exportateur du monde de gaz et appuyé sur son "bras armé" en la matière, Gazprom - souhaite présenter une palette de solutions possibles. Parmi celles-ci, une alliance économique entre l’Union européenne et la Russie. Elle assurerait la développement pacifique des deux blocs. C’est le sens d’un rapport secret co-rédigé par Total et l’Académie des sciences de Russie (en lire plus sur un article du Réseau Voltaire du 1er juillet).
* Amérique du Sud : Quinze ans après sa création, le Mercosur s'élargit. Le Venezuela d'Hugo Chavez est officiellement devenu, mardi 4 juillet, le cinquième membre du marché commun latino-américain qui réunit le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay. Dans l'enthousiasme du moment, le président vénézuélien s'est dit partisan d'un "méga-Etat" défini comme "une union de républiques, une communauté sud-américaine" (en lire plus).
* Feuilleton nucléaire iranien : 31 juillet : résolution (1696) du Conseil de sécurité mettant en demeure le gouvernement iranien de suspendre ses activités d'enrichissement d'uranium d'ici un mois sous peine de sanctions, que qui n'a pas semblé intimider le président Ahmadinejahd, qui persiste... A propos de l'Iran et du conflit au Proche-Orient (v. la Chronique juillet du Conflit israélo-palestinien), Lire un dossier sur la tactique du gouvernement iranien dans cette région, tactique qui serait entièrement déterminée par son objectif stratégique et géopolitique nucléaire....
¤ Août 2006
* Les prix du pétrole ont battu un nouveau record historique, le 7 août, après l'annonce de la fermeture par la compagnie BP du plus gros champ pétrolier des Etats-Unis en Alaska.
* L'Europe troublée par l'axe gazier russo-algérien
: l'alliance de deux de ses fournisseurs, Gazprom et Sonatrach, préoccupe
Bruxelles, consciente de la dépendance énergétique des
pays de l'UE (en
lire plus).
* Feuilleton nucléaire iranien : à l'approche de la fin
du délai fixé par le Conseil de sécurité et après
la cessation des hostilités au Liban (v. Chronique),
l'Iran présente cette dernière comme une victoire
du Hezbollah
et hausse le ton sur la question de l'enrichissement (cf. le dossier supra).
Téhéran a proposé le 22 août des "négociations
sérieuses" sans préciser s'il acceptait la condition préalable
à l'offre faite par l'UE debut juin, soit la suspension de l'enrichissement
d'uranium. Le texte prévoit en effet une coopération économique
et nucléaire en échange de cette suspension. Les Etats-Unis
se sont dits prêts à agir rapidement pour faire adopter à
l'ONU des sanctions économiques contre l'Iran, si sa réponse n'est
pas satisfaisante. Mais l'Iran persiste et signe....
¤ Septembre 2006
* L'association hongroise des signaux de détresse radio située à Budapest a mis en place AlertMap, un service d'information qui fait froid dans le dos. Une carte recense en temps réel les catastrophes au niveau mondial. Appuyée par une technologie Google Maps, chaque alerte est illustrée par une icône spécifique signifiant une explosion, un accident chimique, un incendie, une épidémie de grippe aviaire, un séisme ou encore un ouragan... Il suffit ensuite de cliquer sur le "point chaud" pour obtenir des informations complémentaires et le niveau d'urgence.
* 14e sommet des pays non-alignés, à La Havane (15-16 sept.). Mouvement fondé en 1961 par Tito, Nasser et Nehru. 55 chefs d'Etat et de gouvernement présents, dont le Vénézuéla, l'Iran, l'Inde, mais aussi le Belarus. Hugo Chavez se fend d'un discours anti-états-unien et affirme le soutien de son pays envers l'Iran. Le président Ahmadinejahd renchérit et défend son programme nucléaire "à des fins pacifiques".
* Quelques jours, plus tard (le 19), le président Chirac prononce un discours à l'Assemblée générale des Nations-Unies, après une rencontre avec son homologue états-unien, Georges W. Bush qui a livré une passe d'armes par discours interposé avec Mahmoud Ahmadinejad : en ce qui concerne les sanctions éventuelles envers l'Iran (cf. supra, août), il souhaite temporiser. Il est le 1er dirigeant européen à ne pas faire de la suspension de l'enrichissement un préalable à l'ouverture de négociations. A propos du conflit israélo-palestinien, il appelle à un règlement pacifique rapide (v. chronique septembre-décembre).
¤ Octobre 2006
* Feuilleton nucléaire iranien et mondial : accusant les Etats-Unis d'"accroître jour après jour la menace d'une guerre nucléaire", la Corée du Nord annonce le 9 octobre qu'elle a procédé à un essai (souterrain) pour renforcer son arsenal. A l'instar de capitales occidentales et asiatiques, Washington a réagi, mettant en garde Pyongyang contre un acte "irresponsable" et "provocateur". Quelques jours plus tard (le 14), le Conseil de sécurité des Nations-Unies vote à l'unanimité une résolution (ne) prévoyant (que) des sanctions économiques (embargo partiel, y compris sur les armes), Pékin ayant modéré les ambitions plus "sanctionnatrices" de Washington. Par ailleurs, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleeza Rice, a accusé l'Iran, toujours ferme dans ses positions (confirmées par le guide suprême de la Révolution islamique, l'ayatollah Kamenei) de chercher à gagner du temps sur le dossier nucléaire, alors que la France a rejeté la proposition iranienne de création d'un consortium pour produire de l'uranium enrichi dans le pays, en échange d'une surveillance des activités. Ce qui n'empêche pas Téhéran d'annoncer en fin de mois le prochain doublement de ses capacités d'enrichissement d'uranium, rassuré par la position modérée toujours adoptée à son égard par Moscou et Pékin. De son côté, l'Egypte annonce qu'elle va relancer son programe nucléaire civil, sans doute pour ne pas être en reste face aux programmes nucléaires régionaux (israélien et iranien)...
* Afghanistan : alors que l'Otan vient de récupérer le contrôle militaire de la dernière zone encore sous contrôle états-unien, des commandants militaires accusent le gouvernement pakistanais de soutenir les Talibans.
* Géopolitique du Gaz : . la nomination de l'ex-chancelier allemand G. Schröder à la tête du consortium du gazoduc nord-européen et le sommet énergétique euro-russe de Lathi, le 20 octobre, ouvrent des perspectives nouvelles pour un axe énergétique géopolitique et géoéconomique euro-russe, et spécialement franco-germano-russe. Pour Serguei Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, le moment est venu de resserer les liens distendus (depuis l'arrivée au pouvoir de l'atlantiste Angela Merkel) entre Berlin et Moscou, d’autant qu’en janvier 2007 l’Allemagne prend la présidence tournante de l’Union européenne.
¤ Novembre 2006
* Feuilleton nucléaire mondial : après ses fanfaronnades du mois dernier (cf. supra), la Corée du Nord reprend en début de mois les pourparlers à six sur son programme nucléaire, suspendus depuis un an, en espérant être revenue à la table des négociations avec une position plus avantageuse. PyongYang exige en effet la levée des sanctions états-uniennes. Quant à l'Iran, il menace (le 12) Israël de riposte destructrice en cas d'attaque contre ses sites nucléaires. Téhéran se dit de surcroît déterminé à installer, d'ici à mars 2007, 3.000 centrifugeuses. Selon un rapport des inspecteurs de l'AIEA, Téhéran poursuit son programme d'enrichissement de l'uranium. Le gouvernement iranien a été "prié de fournir des clarifications" sur de l'uranium et des particules de plutonium trouvés à Karaj. "Nous voulons produire du combustible [nucléaire], il faut donc aller jusqu'à 60 000 centrifugeuses, nous sommes au début du chemin", a déclaré le président Ahmadinejad. "Un choc révélateur pour le reste du monde" selon Washington. Appel du 1er ministre israélien, Ehoud Olmert, aux pays arabes à s'unir face à l'Iran. Mais la Russie bloque toute résolution contraignante au Conseil de sécurité... De son côté, la Chine n'est pas inactive , à travers la visite du président Hu Jintao en Inde, promotionnant son énergie nucléaire auprès d'un énorme client potentiel...
* Géopolitique du Gaz : en début de mois, la guerre du gaz russo- géorgienne est relancée : Gazprom veut doubler le prix du gaz vendu à Tbilissi. Le 12, accord gazier stratégique ENI-Gazprom : dès 2007, le géant russe vendra en direct son gaz à l'Italie.... D'après The Financial Times de Londres, Moscou veut créer un cartel mondial du gaz, mais le quotidien britannique doute des chances de succès du Kremlin dans son initiative. Son homologue, The Independent (Londres) commente d'ailleurs un rapport secret montrant que la Russie risque de connaître bientôt un fort déclin de ses extractions de gaz naturel. Quant à la riche l'Algérie, où se succèdent les leaders européens, elle est désormais "garante" de "la sécurité énergétique de l'Europe du Sud", ce dont se félicite le quotidien El Watan.
* Dossier des armes conventionnelles (3 novembre) : Si l'attitude de la Corée du Nord et de l'Iran pourrait faire du traité de non-prolifération nucléaire "un chiffon de papier", note Le Temps, elle ne devrait pas occulter le fait que "ce sont les armes conventionnelles qui causent le plus de souffrances". Le quotidien genevois consacre tout un dossier aux bombes à sous-munitions (BASM), et dénonce "la cynique realpolitik" des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, qui représentent à eux seuls 80 % des exportations d'armes conventionnelles. 20 pays seraient aujourd'hui "pollués" par cette arme "immorale" et d'autant plus "absurde" qu'une bonne part des bombes n'explose pas. Ainsi, 40 % des 1,2 million de BASM larguées par Israël cet été n'auraient pas explosé, certaines datant de 1974, alors qu'elles étaient garanties un an. Plus de 160 personnes en seraient mortes, note le Daily Star, à Beyrouth. L'ONG Handicap International, qui vient de rendre public un rapport à ce sujet, chiffre à 11 044 le nombre cumulé des victimes, mais il pourrait y en avoir 10 fois plus. 98 % d'entre elles sont des civils, et un tiers des enfants, déplore le quotidien The Independent.
* Grande manoeuvres de Pékin en Afrique : la Chine investit 5 milliards de dollards dans ce continent, qui constitue actuellement sa principale cible géoéconomique...
¤ Décembre 2006
* Feuilleton nucléaire mondial : Mohamed
ElBaradei dénonce les menaces lancées par l'Occident contre
l'Iran et la Corée du Nord : pour le directeur de l'Agence internationale
de l'énergie atomique (AIEA), la stratégie de changement de régime
prônée par Washington accule ces Etats à se nucléariser.
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Fin du Bloc-notes