Al Qaeda ou Al Qaida

("la base")

Fiche synthétique décembre 2003 + compléments et Bibliographie à jour 2006

Accéder à la Fiche de suivi "Actualités" décembre 2003- fin 2004

à la Fiche de suivi 2005

et à la Fiche de suivi 2006

 

¤ Organisation fondée officiellement, et en tant que telle, en février 1998 en Afghanistan par le milliardaire islamiste radical d'origine saoudienne Oussama Ben Laden. Elle tire l'appellation sous laquelle elle est désignée couramment à la fois de la "base" de données informatiques regroupant tous les combattants islamistes en ce pays qu'avait constitué son fondateur, désigné responsable du recrutement des volontaires étrangers en Afghanistan par les Talibans fin 1996, et du camp principal d'entrainement de ces volontaires, un camp près de Jalalabad dirigé par Abou Obeida Al Bashiri. Mais son appellation exacte et complète est le « Front islamique mondial pour le Jihad contre les Juifs et les Croisés ». Son organisation et sa structuration ne seront toutefois achevées semble-t-il qu'en 2000-2001, avec un Conseil directorial (Majliss Al Choura) de 24 membres représentants des 24 groupes nationaux fondateurs, entourant Oussama ben Laden. Il semble de plus que l'appellation d'Al Qaida n'ait été revendiquée et utilisée officiellement par les membres de ce réseau terroriste international qu'après les attentats du 11 Septembre...

¤ Al Qaida dispose de soutiens puissants dans plusieurs pays, spécialement en Arabie saoudite, et en Egypte, où les chefs des groupes terroristes Jihad al Islami, Ayman Al Zawahiri, et Jammaa islamiyya, Ahmed Taha, l'ont rejoint dès 1998 et ont participé à son "lancement" officiel, devenant des membres éminents de la "direction" du mouvement.

¤ Oussama ben Laden avait cependant organisé un réseau de combattants contre les Soviétiques depuis 1991 et peut-être même depuis 1987 en Afghanistan. D'ailleurs, il fut sans doute financé par l'Arabie saoudite et la CIA (malgré les attentats déjà perpétrés contre des intérêts américains dès 1993 not. au World Trade Center) en ce sens (de même que les Talibans), au moins jusqu'en 1996 (son "contact" principal y était William Colby, mais sa famille et lui-même ont aussi des liens avec le lobby pétrolier des Etats-Unis, et notamment la famille Bush - voir la page A qui profite le "choc des civilisations" ?), en tant que devant aider les Etats-Unis à chasser la présence russe en Afghanistan puis à limiter l'influence iranienne dans ce pays, incarnée par le président Rabbani. Une fois l'objectif atteint (en 1996), Al Qaeda et les Talibans, également formés et financés par le Pakistan (services secrets et islamistes radicaux avec le soutien, toujours actuel, de tribus pachtounes frontalières), se "retournèrent" contre leur allié états-unien notamment en rompant un accord concernant un oléoduc devant traverser le pays et instaurèrent à Kaboul un Etat (émirat) islamique.

¤ L'intervention américaine de 2001 en Afghanistan, appuyée par l'attaque de l'Alliance du Nord (animée not. par les chefs de guerre Massoud et Dostom) disloqua les deux mouvements, et les combattants d'Al Qaeda se dispersèrent de part le monde, la plupart rentrant tout simplement dans leur pays, dont l'Arabie saoudite, l'Egypte, le Maroc, le Pakistan, etc... Ce qui explique par la suite les attentats commis dans ces pays grâce à la logistique et l'encadrement de ces islamistes vétérans (souvent appelés les "Afghans").

¤ Al Qaeda frappa plusieurs fois les intérêts américains (ambassades us de Dar es salam en Tanzanie et Nairobi au Kenya en août 1998 - 257 morts ; USS Cole dans le port d'Aden en oct. 2000 - 17 morts), mais le plus grand coup "médiatique" et humain fut porté par les attentats du 11 septembre 2001 à New York (Twin Towers) et Washington (Pentagone) (3000 morts environ)

¤ Depuis 2001, les activités terroristes du mouvement les plus marquantes ont été l'assassinat du journaliste Daniel Pearl au Pakistan (janvier 2002) ; le camion piégé devant une synagogue de Djerba (avril 2002, 21 morts), puis de Karachi (mai 2002, 14 morts) ; et surtout les attentats de Mombasa au Kenya (novembre 2002, 17 morts) et de Bali en Indonésie (octobre 2002, 202 morts).

¤ En 2003, plusieurs attentats (Casablanca en mai, commis sans doute par le Groupe islamique combattant marocain, affilié à Al Qaida ; Ryad en mai et novembre ; en Irak depuis le mois d'août ; Istambul les 15 et 20 novembre) ont été également imputés et/ou revendiqués par la mouvance d'Al Qaida.

 

Liens vers documents électroniques:

* Dépêche relative au message de Ben Laden publié le 18 octobre 2003

* Dépêche relative au message de Ben Laden publié le 21 novembre 2003 revendiquant les attentats d'Istanbul et menaçant le Japon et les Etats-Unis

* Nouveau message diffusé le 20 décembre 2003

* Voir la suite de la présente fiche synthétique sur la Fiche de suivi : Al Qaïda Actualités ainsi qu'un dossier biographique très complet par Proche-Orient.info sur le n° 2 d'Al Qaida et ancien chef du Jihad islamique égyptien Ayman Al Zawahiri et à travers son parcours, l'évolution de l'islamisme radical révolutionnaire sunnite (principalement Al Qaïda évidemment, premier mouvement-réseau "mondial" de ce genre) à la fin du XXe siècle... Voir aussi un portrait d'Abou Moussa Al Zarqaoui diffusé par le même site.

* Liens vers mes pages L'islam contre le terrorisme et Lexique terminologique Islam et politique

 

¤ Analyse de la nature, de la structure et de l'évolution de l'organisation Al Qaida

Les spécialistes de la question divergent principalement autour de deux points

1°. Al Qaida est-elle une création de la CIA et est-elle manipulée par elle ?

* La plupart des spécialistes répondent par la négative, et cette réponse constitue la thèse officielle des Etats "occidentaux". Mais quelques spécialistes, dont Thierry Meyssan* et Richard Labévière*, défendent la thèse inverse, de même que nombre d'analystes, de politiciens et d'islamistes dans le monde musulman, allant jusqu'à évoquer un "complot" américano-sioniste, par ex. pour les attentats d'Istambul (ainsi le quotidien turc Yeni Safak met-il en doute l'imputation à Al Qaida, en rappelant notamment l'arrivée en Turquie de membres du ZAKA, mouvement ultra-orthodoxe chargé de ramasser les dépouilles des victimes juives de part le monde, quelques jours avant les attentats contre les synagogues, qui sont passés à l'aéroport sans même avoir à montrer leurs passeports...).

* Ce qui est certain, c'est que les "puissances occidentales" ont une responsabilité dans l'émergence et le développement des mouvements islamistes radicaux : ainsi, par exemple, la CIA a soutenu les Frères musulmans en Egypte contre le régime de Nasser ; Israël a négocié avec le Hamas palestinien durant la première Intifada, au moins jusqu'en 1991, en délaissant totalement l'OLP ; la CIA a soutenu une organisation extrémiste pakistanaise, le Lashkar-e-Jhanvi, pour qu'elle s'attaque à des intérêts chiites iraniens. Les gouvernements locaux , dans les pays musulmans, ne sont d'ailleurs parfois pas en reste : outre le gouvernement pakistanais lui-même, on peut citer le gouvernement Chadli à propos du développement politique du FIS ; et le gouvernement turc dans son soutien au Hezbollah turc, qu'il utilisa dans les années 1990 pour combattre le PKK (parti indépendantiste kurde)...

2°. L'organisation Al Qaida a-t-elle été disloquée après l'intervention américaine en Afghanistan en octobre 2001 ?

* Certains répondent par la négative en invoquant notamment la facilité de gestion du "réseau" avec les moyens de communication électroniques modernes et en arguant du nombre d'attentats - qui semblent parfois très coordonnés - depuis 2001 (voir plus haut).

* D'autres répondent par l'affirmative, mettant en avant la chute des Talibans et de Tora Bora (quartier général d'Al Qaida en Afghanistan), la répression du réseau par la plupart des gouvernements mondiaux tant au niveau de ses circuits de financement que de ses cellules actives "nationales" et locales.

* La vérité semble se situer entre les deux : Al Qaida n'a jamais été, semble-t-il, une véritable organisation centralisée, structurée, entièrement coordonnée en toutes ses composantes et cellules nationales et locales. Ces dernières, même membres du "Front" composé entre 1998 et 2001 (voir plus haut), ont conservé leur autonomie, voire leur indépendance, ainsi que leurs objectifs politiques spécifiques, telle la Jamaa islamiyya indonésienne, qui se préoccupe davantage de l'instauration d'un Etat islamique radical en Indonésie que de la libération de la terre saoudienne de la présence américaine, qui constitue pourtant le leitmotiv politique principal d'Al Qaida et d'Oussama ben Laden depuis au moins 1991 (avec la libération de la Palestine).

Bref, on a pu parler à cet égard d'un terrorisme "décentralisé", et c'est d'ailleurs ce qui constitue l'une des ressources principales du réseau Al Qaida : son insaisissabilité.

Quoi qu'il en soit, disloquée ou non, décentralisée ou non, affaiblie depuis l'intervention américaine en Afghanistan ou non, la véritable force d'Al Qaida est d'avoir pu devenir un symbole, une idéologie mobilisante qui fonctionne par adhésion spontanée de jeunes "recrues" souvent peu cultivées dans la religion islamique mais idéalistes et subjuguées par la figure héroïque d'Oussama Ben Laden et des "martyrs", qui peut avoir sur certains l'impact qu'avait celle d'un Che Gevarra dans les années 1960 par ex..., bien que, rappelons-le, l'attentat-suicide et plus généralement l'activité terroriste soit totalement contraire à l'éthique islamique (lire la page sur ce thème).

Ainsi, les "cadres" du réseau se contentent-ils souvent de repérer des candidats à l'attentat-suicide, de les former, de les armer, bref de leur donner une aide logistique - et idéologique au besoin - sans s'impliquer directement dans la préparation des attentats. Par exemple, pour ceux de Casablanca en mai 2003, il semblerait que les "cerveaux", les dirigeants du Groupe islamique combattant marocain, commanditaire probable des attentats, résident "tranquillement" en Europe....

 

¤ Bibliographie :

* Dictionnaire mondial de l'islamisme, dir. A. Sfeir et les Cahiers de l'Orient (Plon, 2002).

* John C. Cooley, CIA et Jihad, 1950-2001. Contre l'URSS, une désastreuse alliance (1999), préf. Edward W. Said, Editions Autrement, 2002. (L'auteur, journaliste américain spécialiste du Moyen-Orient, analyse l'alliance conclue avec l'islamisme radical contre l'Union soviétique, spécialement en Afghanistan).

* Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié, Ben Laden. La vérité interdite, Gallimard, poche, 2002.

* Patrice Gueniffey, "Généalogie du terrorisme contemporain", dans Le débat, n° 126, sept-oct. 2003, p.157 et s.

* Roland Jacquard, Au nom d'Oussama ben Laden. Dossier secret sur le terroriste le plus recherché du monde, Editions Jean Picollec, 2001.

* Richard Labévière, Les dollards de la terreur. Les Etats-Unis et les islamistes (Grasset, 1999) ; Les coulisses de la terreur (Grasset, 2003).

* Emmanuel Sivan, "Le choc au sein de l'Islam", dans Le débat, n° 124, mars-avril 2003, p.137 et s. ; Radical Islam : Medieval Theology and Modern Politics, New Haven, Yale UP, 1985, et Mythes politiques arabes, tr. fr., Paris, Fayard, 1995.

* Voir aussi tout récemment un dossier sur Al Qaida dans Courrier international n° 682 du 27 novembre au 3 décembre 2003, dont plusieurs informations ponctuelles rapportées ci-dessus sont tirées.

¤ Complément bibliographique (depuis 2003) :

* L'enquête de Roland Jacquart et Atmane Tazaqart, Ben Laden et la troisième génération d'Al-Quaïda, éd. Picollec, 2004.

* Sur l'idéologie d'Al Qaïda, très utile et inédit, paru en septembre 2005 : Al Qaïda dans le texte, recueil de textes d'Oussama Ben Laden, Ayman Al Zawahiri, Abou Moussab Al Zarquaoui et, moins connu mais très important sur le plan historique et idéologique, d'Abdallah Azzam, précurseur de Al Qaïda. Textes et personnages présentés par une équipe éditoriale sous la direction de Gilles Kepel, spécialiste de l'islam contemporain (voir sur cet auteur la Bibliographie du dossier Islam et politique). Aux PUF, coll. Proche-Orient, 448 pages. Voir aussi, de Gilles Kepel, Fitna. La guerre au coeur de l'islam, Gallimard, nrf, 2004, et Du jihad à la fitna, Bayard-BNF, 2005 (reproduction d'une conférence à la BNF).

* Voir aussi la publication en français de l'enquête de Jason Burke, Al Qaida, la véritable histoire de l'islam radical (2003) (tr.fr.), La découverte, 2005.

* Celle d'Alain Bauer et Xavier Raufer, L'énigme Al-Qaida, Jean-Claude Lattès, 2005.

* Et celle de Guillaume Dasquié, spécialiste du Renseignement, Al-Qa'ida vaincra, Editions Privé, avril 2005.

* Sur Zarquaoui (cf. supra et sur la Chronique Irak 2006), v. Jean-Charles Brisard (avec la coll. de Damien Martinez), Zarkaoui, le nouveau visage d'Al -Qaida, Fayard, 2005.

* Sur les attentats du WTC de New-York, voir l'enquête de Eric Laurent, La face cachée du 11 Septembre, Plon, 2004 (paru chez Pocket en 2005), et les ouvrages du professeur californien David Ray Griffin, qui remet sérieusement en cause la version officielle, dans The New Pearl Harbour (2004) et 9/11 Commission. Omissions and Distorsions (2004) (tr. fr. : 11 septembre. Omissions et manipulations de la commission d'enquête, aux éditions Carnot, 2005. Voir la fiche bibliographique de ce dernier ouvrage sur le site Reseau Voltaire (librairie). V. aussi l'enquête de Thierry Meyssan, L'effroyable imposture, éditions Carnot (accéder au site de l'ouvrage)

Pour une approche plus philosophique des attentats du 11 septembre et du terrorisme, cf. l'ouvrage d'entretiens avec Jacques Derrida et Jürgen Habermas réalisé par la philosophe américaine Giovanna Borradori, Le "Concept" du 11 septembre, tr. fr., éd. Galilée, Paris, 2004 (lire des extraits dans Le monde diplomatique de février 2004).

* Sur la dimension impérialiste de la stratégie et de la politique états-unienne de la "guerre contre le terrorisme", voir le pamphlet de William Blum, Mythes de l'Empire. La guerre américaine contre le terrorisme, éd. Aden (Belgique), 2004. (voir les autres ouvrages de W. Blum sur la Fiche bibliographique du Dossier Bush II).

* Sur le terrorisme en général, on se reportera avec profit à l'étude de Arnaud Blin, Le terrorisme, dans l'utile collection "Idées reçues", éditions du Cavalier Bleu, 2005, et plus largement, avec Gérard Chaliand, Histoire du terrorisme, de l'Antiquité à Al-Qaida, Bayard, 2004. V. également Yves Mayaud, Le Terrorisme, Dalloz, coll. Connaissance du droit, 1997.

* Sur le terrorisme islamiste en particulier, voir l'essai de Thierry Wolton, 4e guerre mondiale, Grasset, 2005. L'auteur va cependant un peu vite en besogne, lorsque, après quelques pages seulement de "démonstration", il répond (certes partiellement) par l'affirmative à la question "l'Islam est-il coupable ?"(de cette guerre mondiale livrée par le terrorisme islamiste)(cf. p. 50). Comp. avec la Fiche L'islam contre le terrorisme

Complément bibliographique depuis 2006 :

* V. l'enquête menée par Farhad Khosrokhavar, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, et son équipe, sur les prisonniers islamistes radicaux en Grande-Bretagne plus ou moins partisans d'Al Qaïda, et qui souligne la dimension individuelle, subjective, et moderne, de l'engagement personnel des intéressés : Quand Al Qaïda parle. Témoignages derrière les barreaux, Paris, Grasset, (mars) 2006. Selon l'auteur, ces témoignages révèlent que bien loin de la "guerre des civilisations", l'engagement vers l'islamisme radical ressort bien plus d'une crise interne à la civilisation occidentale et d'une conséquence de l'excessive fragmentation des identités actuelles, poussant des personnalités déséquilibrées, orgueilleuses ou trop sensibles vers une utopie radicale de type islamiste, aujourd'hui "à la mode" et "accessible" grâce à la publicité du mouvement Al Qaïda et de sa principale personnalité, Oussama ben Laden..

* V. la traduction française de l'enquête du journaliste états-unien Peter L. Bergen, Ben Laden l'insaisissable. Enquête sur le leader d'Al-Qaïda, éd. Michel Lafon, (mai) 2006. Un document biographique dans lequel l'auteur (qui a lui-même rencontré Ben Laden en 1997), fait parler ceux qui ont croisé le célèbre terroriste.

* Accéder à la liste de 5 livres d'auteurs anglo-saxons traduits en français (et diffusés par le RéseauVoltaire) remettant en cause la version officielle des attentats du 11 septembre, à laquelle, d'après un sondage du New York Times/CBS News, seulement 14% des électeurs états-uniens continuent à croire...

 

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Accéder à la Fiche de suivi "Al Qaida actualités" décembre 2003- fin 2004

à la Fiche de suivi 2005

et à la Fiche de suivi 2006